Mai 68 en Chine !

Cela commence bien : le "68" est en partie caché par le dessin d'une ancienne pièce de monnaie chinoise...
J'ai cru comprendre à la lecture de quelques journaux en ligne que partisans et opposants avaient abondamment commémoré le quarantenaire de Mai 68 ce mois-ci. Au-delà des frontières hexagonales, l'année 1968 a eu un impact important sur les conditions de vie et les modes de pensée en Occident. La Chine n'a pas connu de mouvement analogue en 1968. Pourquoi les jeunesses chinoises sont-elles restées à l'écart ? Je n'avais pas vraiment fait le lien chronologique entre 1968 et le contexte chinois de l'époque. Puis à Shanghai, j'ai vu le panneau du Musée d'Art, à quelques pas de mon auberge de jeunesse : "1968, 年青叙事 - Youth chronicles". Les récits de la jeunesse chinoise de 68, ça doit être intéressant ! J'étais déjà en train de chercher un jeu de mots pour conjuguer "Sous les pavés..." avec la Chine...

Les jeunes chinois en 1968...
Mais j'oubliais qu'en Chine en 1968, c'était la Révolution Culturelle... pas exactement le même contexte ! En mai 1966, Mao Zedong, affaibli par les résultats dévastateurs du "Grand Bond en Avant" de 1958, en froid avec ses seuls vrais alliés soviétiques, tente de rejeter la faute sur ceux qui commencent à s'opposer à sa politique. Contesté au sein même du PCC, Mao incite le peuple, et notamment les jeunes générations fédérées au sein des groupes de "gardes rouges", à soutenir ce qui ressemble à une purge généralisée du système. Les "révisionnistes", les intellectuels, les bureaucrates sont mis au ban de la société pour leur comportement réactionnaire. Les "vieilleries" traditionnelles comme le bouddhisme par exemple, sont remises en cause. Les temples sont détruits, les livres sont confisqués, les étudiants sont envoyés en "rééducation" dans les campagnes socialistes, afin de créer le nouvel homme chinois, basé sur les préceptes du fameux Petit Livre rouge du Grand Timonier. Le culte autour de la personnalité de Mao est à son comble. Ces années de terreur comprennent plusieurs phases répressives plus ou moins intenses, et ne s'achevèrent véritablement qu'à la mort de Mao et l'arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping en 1976.

... et les moins jeunes.
Au final, les historiens parlent du bilan considérable de dix à vingt millions de morts pour cette période (Le livre noir du communisme). Ceux qui ont survécu témoignent du traitement qu'ils ont connu à l'époque (je vous ai déjà parlé des romans Balzac et la petite tailleuse chinoise et Le Totem du Loup, ou du film Adieu ma concubine). Un professeur nous a également raconté sa période de rééducation à Harbin entre 14 et 22 ans. La Révolution Culturelle est aujourd'hui officiellement condamnée par le régime et les élèves chinois l'étudient comme la grande erreur du maoïsme. Cette exposition présentait les oeuvres, presque toutes très récentes, d'artistes chinois ayant connu la Révolution Culturelle dans leur jeunesse. De ces expériences, il leur reste donc des images particulièrement marquées par le réalisme socialiste : des paysans sous la neige, des ouvriers heureux de travailler pour le développement de leur grand pays, des vieillards qui affichent leurs écussons avec le portrait de Mao. Tout cela m'a un peu laissé sur ma faim, car il n'y a pas vraiment de commentaires sur le thème de l'exposition, c'est-à-dire les jeunes chinois en 1968, mais le clin d'oeil m'a amusé.

Quel contraste entre la Chine d'il y a quarante ans et Shanghai aujourd'hui, comme l'illustre cette photo de l'affiche de l'exposition avec un bâtiment au nom évocateur en arrière-plan : Capitaland !
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