1937, la blessure non-cicatrisée de Nankin
J'avais prévu de vous parler du rôle de Nankin dans la première moitié du XXe siècle, autour de la figure de Sun Yat-sen notamment, puisque nous avons visité le colossal mausolée de ce dernier. Mais cela impliquerait trop de développements historiques que je préfère garder pour plus tard, car ils dépassent le cadre de Nankin. En deux mots, la dynastie impériale mandchoue des Qing tombe en 1912, comme je vous l'avais déjà dit dans l'article sur Puyi, le dernier empereur. La suite est troublée (j'y reviendrai), avec la montée en puissance des nationalistes, qui réinstallent le pouvoir à Nankin en avril 1927. Dix ans plus tard, les Japonais envahissent la Chine depuis Shanghai, et foncent sur la capitale Nankin. Les nationalistes préfèrent fuir et commencer une longue résistance, mais un demi-million de Chinois ne peuvent pas quitter Nankin.
Après avoir bombardé la ville depuis les airs, les Japonais investissent la ville dans la première quinzaine de décembre 1937, sans trouver de réelle résistance face à eux. Pendant un mois, les hommes du Général Matsui se livrent alors aux pires atrocités : destructions, pillages, 20 000 viols sur toutes les femmes de plus de douze ans, et au final, ils exécutent plus de 200 000 Nankinois et Nankinoises en moins de six semaines. La ville devient un véritable charnier où les cadavres se multiplient. Les habitants sont sans défense... ou presque. Quelques occidentaux présents sur place obtiennent des Japonais la création d'une zone de surêté, où ils protègent et soignent autant de Chinois qu'il leur est possible de le faire. Leur appel à la communauté internationale restera en revanche sans réponse. Parmi ces personnalités comme les Américains Bob Wilson, George Fitch, ou Miss Vautrin désormais très célèbres en Chine, une figure retient particulièrement notre attention : John Rabe. Représentant de l'Allemagne nazie à Nankin, il en appelle à Hitler pour faire arrêter le massacre, mais ce dernier, allié des Japonais, le renie. Au-delà des tensions idéologiques déjà perceptibles en 1937-1938, les Anglo-Saxons et les Allemands de Nankin se retrouvent ensemble derrière ce projet de zone neutre pour protéger les civils. Le personnage de Rabe, parfois surnommé le "Schindler chinois" sera d'ailleurs le sujet d'un nouveau film l'an prochain.
Côté chinois, l'enfer du massacre de Nankin a laissé des traces durables, toujours visibles aujourd'hui, comme le démontre le succès de ce documentaire. Les relations avec le Japon ne sont toujours pas appaisés à ce sujet. Un ancien soldat japonais explique dans le film que les ordres étaient de réduire à néant toute résistance potentielle, car les Japonais étaient en infériorité numérique à Nankin. Ils ont donc eu recours à la terreur et à ses débordements incontrôlés. Si l'on fait un parallèle avec le cas de l'Allemagne nazie en Europe, la différence fondamentale sur la question du travail de mémoire vient du fait que les Japonais, malgré les Procès de Tokyo après-guerre, nient toujours ce qui s'est passé à Nankin et ne reconnaissent pas officiellement la responsabilité de leurs aïeux, contrairement à ce que nos voisins allemands ont remarquablement fait. Souvenez-vous par exemple de la crise sino-japonaise d'il y a deux ans, lorsqu'un manuel d'histoire japonais passait totalement sous silence le bilan de Nankin, et glorifiat l'action de l'armée japonaise en Chine de 1937 à 1945. Cela explique que les Chinois, en réaction, soient (très) violemment anti-Japonais. Les télés chinoises diffusent régulièrement des fresques militaires où le Japon est diabolisé, et comparer un Chinois et un Japonais tient de l'insulte pour beaucoup de gens ici, même dans les milieux éduqués. Si l'économie a pris le dessus ces derniers temps, les tensions entre les deux pays restent sous-jacentes, et ne vont pas en s'amenuisant tant qu'aucun dialogue n'est engagé d'un côté ou de l'autre.
Enfin, le dernier point qui m'a intéressé dans le documentaire est une nouvelle fois les différences de repères historiques, auto-centrés sur les événements les plus proches de nous. La voix-off américaine précise que la Seconde Guerre Mondiale a commencé en 1937 dans l'esprit des Chinois, et pas... "à Pearl Harbor en 1941". Nous-mêmes datons le conflit de 1939 à 1945 ! La question reste ouverte...
Le documentaire américain largement diffusé par le régime chinois.
Après avoir bombardé la ville depuis les airs, les Japonais investissent la ville dans la première quinzaine de décembre 1937, sans trouver de réelle résistance face à eux. Pendant un mois, les hommes du Général Matsui se livrent alors aux pires atrocités : destructions, pillages, 20 000 viols sur toutes les femmes de plus de douze ans, et au final, ils exécutent plus de 200 000 Nankinois et Nankinoises en moins de six semaines. La ville devient un véritable charnier où les cadavres se multiplient. Les habitants sont sans défense... ou presque. Quelques occidentaux présents sur place obtiennent des Japonais la création d'une zone de surêté, où ils protègent et soignent autant de Chinois qu'il leur est possible de le faire. Leur appel à la communauté internationale restera en revanche sans réponse. Parmi ces personnalités comme les Américains Bob Wilson, George Fitch, ou Miss Vautrin désormais très célèbres en Chine, une figure retient particulièrement notre attention : John Rabe. Représentant de l'Allemagne nazie à Nankin, il en appelle à Hitler pour faire arrêter le massacre, mais ce dernier, allié des Japonais, le renie. Au-delà des tensions idéologiques déjà perceptibles en 1937-1938, les Anglo-Saxons et les Allemands de Nankin se retrouvent ensemble derrière ce projet de zone neutre pour protéger les civils. Le personnage de Rabe, parfois surnommé le "Schindler chinois" sera d'ailleurs le sujet d'un nouveau film l'an prochain.
Côté chinois, l'enfer du massacre de Nankin a laissé des traces durables, toujours visibles aujourd'hui, comme le démontre le succès de ce documentaire. Les relations avec le Japon ne sont toujours pas appaisés à ce sujet. Un ancien soldat japonais explique dans le film que les ordres étaient de réduire à néant toute résistance potentielle, car les Japonais étaient en infériorité numérique à Nankin. Ils ont donc eu recours à la terreur et à ses débordements incontrôlés. Si l'on fait un parallèle avec le cas de l'Allemagne nazie en Europe, la différence fondamentale sur la question du travail de mémoire vient du fait que les Japonais, malgré les Procès de Tokyo après-guerre, nient toujours ce qui s'est passé à Nankin et ne reconnaissent pas officiellement la responsabilité de leurs aïeux, contrairement à ce que nos voisins allemands ont remarquablement fait. Souvenez-vous par exemple de la crise sino-japonaise d'il y a deux ans, lorsqu'un manuel d'histoire japonais passait totalement sous silence le bilan de Nankin, et glorifiat l'action de l'armée japonaise en Chine de 1937 à 1945. Cela explique que les Chinois, en réaction, soient (très) violemment anti-Japonais. Les télés chinoises diffusent régulièrement des fresques militaires où le Japon est diabolisé, et comparer un Chinois et un Japonais tient de l'insulte pour beaucoup de gens ici, même dans les milieux éduqués. Si l'économie a pris le dessus ces derniers temps, les tensions entre les deux pays restent sous-jacentes, et ne vont pas en s'amenuisant tant qu'aucun dialogue n'est engagé d'un côté ou de l'autre.
Enfin, le dernier point qui m'a intéressé dans le documentaire est une nouvelle fois les différences de repères historiques, auto-centrés sur les événements les plus proches de nous. La voix-off américaine précise que la Seconde Guerre Mondiale a commencé en 1937 dans l'esprit des Chinois, et pas... "à Pearl Harbor en 1941". Nous-mêmes datons le conflit de 1939 à 1945 ! La question reste ouverte...
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