Week-end à Dalian (大连) et Dandong (丹东)

Publié le par Valentin Chaput

Ce week-end en Chine, c'est Duanwujie (端午节), la commémoration de Qu Yuan, un poète du Royaume de Chu (centre de la Chine actuelle, autour de Changsha) qui, au IIIe siècle avant JC, s'est suicidé en voyant son pays défait. Ce bel exemple de patriotisme comme l'aime les Chinois fait l'objet d'un nouveau jour de congès, et donc d'une dernière opportunité de quitter Pékin avant les examens. J'ai donc fait un petit voyage que d'autres étduiants m'ont conseillé : une visite de Dandong, ville-frontière avec la mystérieuse Corée du Nord.


Le port de Dalian : mon train est arrivé à 5h30 du matin donc j'ai eu le temps d'aller voir l'arrivée de tous les ouvriers à 7h pétantes, mais je n'ai pas pu entrer dans le port lui-même...

J'ai commencé par Dalian, située dans la pointe de la péninsule du Liaoning, face à la Corée. Dalian est elle aussi une ville d'histoire, puisque l'un de ses quartiers portait le nom de Port-Arthur lors de la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Ceux qui ont préparé le concours de Sciences Po se souviennent de cette bataille, qui a vu le premier succès d'un pays asiatique sur une puissance occidentale dans l'histoire moderne. Les Chinois aiment beaucoup Dalian car la ville dispose d'un des meilleurs climats du pays, avec un été doux, loin des chaleurs continentales. La présence des Russes, des Japonais et des Coréens au cours de l'histoire a stimulé le développement de Dalian, qui est actuellement le troisième plus grand port du pays. Mais en dehors de l'aquarium géant et des plages trop froides en ce moment, la ville ne présentait pas de très grand intérêt touristique.


Dalian, ville riche et moderne, mais plutôt bien conçue et préservée.

En revanche, après des heures de train régional, je suis arrivé à Dandong ! C'était incroyable ! J'ai d'abord demandé au chauffeur de taxi de m'amener au pont qui relie la Chine à la Corée du Nord en enjambant la rivière Yalu. Puis, j'ai sympathisé avec lui, donc j'ai fait un tour un peu plus long, jusqu'au restaurant pour en savoir un peu plus sur sa condition de chauffeur de taxi (et surtout d'habitant de Dandong). Il m'a amené vingt kilomètres plus au nord, là où la rivière est la plus étroite. Cet endroit se trouve en réalité sous la muraille de Hushan, la "montagne du tigre". D'après le petit musée local, cette passe serait la véritable fin de la Muraille à l'est (on nous aurait donc menti à Shanhaiguan ?)... mais après tout la Grande Muraille a eu différents tracés à différentes époques. Toujours est-il que sous cette Muraille se trouve la frontière la plus "franchissable" avec la Corée du Nord !


La brumeuse Corée du Nord, à moins de dix mètres de moi !


Quelques paysans, "encore plus pauvres que nous" comme dit le chauffeur de taxi,
prisonniers dans leur paysage de brouillard et de désolation.



Un simple bras de rivière de cinq ou six mètres de large, un petit talus de deux mètres et un grillage, puis... le monde "non-libre" ! De là où j'étais situé, je pouvais voir assez clairement les paysans, travaillant à quelques dizaines de mètres. C'est assez impressionnant de penser que nous sommes géographiquement très proches à cet instant, mais tellement loin pour tout le reste. Il doit forcément y avoir beaucoup de passages clandestins, car les Chinois ont poussé le vice jusqu'à développer la rive de Dandong avec de grandes tours d'habitations modernes qui font directement face au vide et aux petites barraques vétustes côté nord-coréen. Il est impossible de contrôler une frontière si étroite en largeur 24h/24 sur une aussi grande longueur. Pourtant les Nord-Coréens savent que s'ils se font prendre, c'est une très lourde peine qui les attend pour trahison.


Le pont de droite étant détruit depuis près de soixante ans, il ne reste que celui de gauche
pour relier la Corée du Nord au monde extérieur par le train !


La Chine est pourtant le seul pays en contact régulier avec la Corée du Nord, et c'est à Dandong que passe le train Pékin-Pyongyang. Mais le pont ferroviaire qui relie les deux rives est très bien gardé, et on peut seulement le regarder depuis l'autre pont, dont la partie nord-coréenne a été définitivement détruite par le bombardement américain dans les années 1950 ! Et c'est ça qui est fou : depuis cinquante-cing ans, les habitants de Dandong voient tous les jours la rive opposée, et ils n'y sont jamais allé ! Dans la famille de mon chauffeur de taxi, seuls les grands-parents ont franchi la rivière, avant la guerre de Corée !


Et toi, le "laowai" avec l'appareil photo, on t'a vu, 'essaye pas de franchir la rivière !

Il faut peut-être avoir vécu la situation pour comprendre ce que j'ai ressenti. C'est comme s'il y avait une fin, un mur infranchissable. Habituellement, on peut se déplacer dans toutes les directions, ici il y en a une qui est inaccessible ! Et pourtant, on voit qu'il y a des gens, des habitations, de l'activité, on voit les ruines des ponts, c'est tout proche, mais on ne peut pas y aller ! Passer tout sa vie dans une ville comme cela doit rendre fou, surtout lorsqu'on est côté nord-coréen. C'est une sorte de monde en deux dimensions : la 3D existe, mais on ne peut pas se déplacer sur ce troisième axe, on est bloqué ! C'est comme le fruit défendu, on n'a qu'une envie, c'est de franchir la rivière ! Ce sera pour une autre fois !


Ce pont a aussi été détruit, zut je ne peux pas passer par là non plus...

C'est d'autant plus curieux côté chinois que la Chine se proclame, à juste titre, comme la plus grande (et la seule) amie du peuple et du régime de Corée du Nord. Un petit tour au musée de la guerre de Corée suffit à nous en convaincre. Rien que le nom suffit pour resituer le contexte : "Musée de la Résistance à l'agression des Etats-Unis et de l'Aide à la Corée du Nord". Pour le reste, c'est une longue apologie des 2,3 millions de "Volontaires" chinois qui sont allés aider leurs voisins face aux méchants impérialistes, qui malgré l'usage de leurs armes bactériologiques, n'ont pas pu vaincre la fière armée sino-coréenne. Outre l'utilisation qui me semble toujours aussi bizarre du "我国" ("mon pays") pour désigner la Chine dans les textes officiels et dans la presse, il y a quelques perles dans les commentaires, comme dans la salle qui rassemble les procédures d'éducation au "patriotisme" et à la "haine" vis-à-vis des Américains, ou dans celle qui montre la propagande sino-coréenne, en anglais, afin de miner le moral des troupes adverses.


Des prisonniers américains qui ont demandé "by themselves" (d'après la légende de la photo) le retrait des troupes US de Corée et de Taiwan (au passage, on en profite...).


Pour terminer sur une note joyeuse, quelques "splendid military achievements" de l'aviation chinoise avec la destruction de plusieurs avions américains !
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Publié dans Voyages

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Bonjour,<br /> <br /> Tes destinations m'impressionnent encore une fois, t'as même voulu traversé la rivière qui sépare la Chine et la Corée du Nord, c'est incroyable !!! Par contre, cela ne m'étonne pas que tu sois orienté par les vieilles propagandes dans le musée de la résistance à l'armée américaine et de l'aide au peuple coréen. Rassure-toi, ce n'est que la façade. Mon grand père avait participé à cette guerre, il avait suivi l'armée volontaire du peuple chinois (AVPC) jusqu'à Séoul en 1951. Mais il n'a jamais aimé le gouvernement du Corée du Nord. Si tu aurais la chance d'aller visiter ce pays, tu vas trouver le mémorial de l'AVPC et le cimetière des soldats de l'AVPC à Pyongyang. (http://kp.china-embassy.org/chn/zxxx/t376049.htm) Dans les musées coréens, ils répètent sans arrêt que c'est grâce à leur immortel leader Kim II-sung que le peuple coréen a battu l'armée américaine, la contribution de l'armée chinoise avec plus que 400 000 morts et disparus est tombée dans l'oublie !!! On ne trouve nul part la trace de l'AVPC dans ces musées !!! Les anciens combattants chinois qui ont visité ces musées sont effrayés. Selon les documents officiels désarchivés du gouvernement chinois, Kim II-sung ne voulait pas que la Chine intervient dans la Guerre de Corée, malgré la défaillance totale de son armée face à l'armée américaine. Après la mort de Mao, la "bande des quatre" a été punie et la Chine a eu la réforme sociale et économique, ce qui est anti-marxiste aux yeux de Kim II-sung, depuis, Beijing et Pyongyang étaient de plus en plus distants, mépris. <br /> <br /> Néanmoins, devant les médias, on parle toujours de l'amitié sino-coréenne est intacte, ce n'est que la façade et un enjeu politique. La Corée du Nord veut se faire croire à l'Occident que la Chine est son grand allié afin d'éviter d'être totalement isolé car cette dernière situation lui présentera plus de risque de l'invasion américaine. La Chine est une carte de grande valeur pour elle. Vice versa, la Corée du Nord est aussi une carte de la Chine afin de distraire les E.U. au sujet de Taiwan (Si les américains soutiennent les indépendantistes taiwanais, la Chine va jouer la carte Corée du Nord dans les Négociations à six).<br /> <br /> Une petite explication : "mon pays" est le sens littéral de "我国" ; Son vrai sens est "notre pays", et dans aucun contexte on ne peut le traduire à "mon pays".<br /> <br /> Xiao
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