Le Lac de l'Ouest à Hangzhou, le paradis sur Terre ?

Publié le par Valentin Chaput

Bienvenue à Hangzhou (杭州), la destination touristique numéro un en Chine. Ah bon ! ce n'est pas Pékin, Xi'an ou Shanghai ? Et non ! Hangzhou, capitale de la province du Zhejiang accueille chaque année plus de cinquante millions de touristes (Chinois à plus de 95%). Si l'on tenait compte du tourisme intérieur, Hangzhou taquinerait donc Paris en tête du classement de la ville la plus visitée dans le monde ! Car Hangzhou et sa voisine Suzhou jouissent d'une réputation de paradis terrestre, comme le montre un proverbe étudié en cours : "上有天堂,下有苏杭"  ("Au-dessus il y a le Ciel, sur Terre il y a Suzhou et Hangzhou"). C'est à son vaste Lac de l'Ouest (西湖) que la ville doit sa rénommée. Le lac mesure environ quinze kilomètres de périmètre, et il servit de modèle à de nombreux autres lacs du pays, à commencer par celui du Palais d'été de Pékin.


Un temps lourd et brumeux...


Il paraît que la brume est le meilleur temps pour apprécier le lac (si je voulais être méchant, je dirais que c'est pour éviter de voir les immeubles modernes de la rive est, mais bon...), dans ce cas, je dois dire que j'ai eu de la "chance" d'avoir ce temps lourd et brumeux pour ma visite ! Il faut reconnaître que le site est très préservé, ce qui n'est pas fréquent en Chine. La ville moderne est restée à l'écart, les petits bâteaux de tourisme sont nombreux mais s'intègrent bien au décor, et le site est suffisamment grand pour ne pas paraître aussi surchagé que les autres.


Le site est assailli par les touristes, mais il est tellement grand qu'on arrive à les éviter !


La nouvelle pagode du Pic du Tonnerre.

L'évocation du lac renvoit à la légende de Bai Suzhen et Xu Xian, l'une des grandes histoires d'amour de l'opéra chinois. Bai Suzhen est à la base une serpente blanche (je ne sais pas si cela marche vraiment au féminin mais je l'ai lu). En voyageant à Hangzhou avec une autre créature magique, serpente verte, elle rencontre Xu Xian, un lettré. Ils tombent follement amoureux l'un de l'autre. Bai Suzhen, sous forme humaine, l'épouse. Mais le moine Fa Hai, qui a perçé à jour la nature démoniaque de la seprente blanche, la piège et l'empoisonne. Bai Suzhen et Xu Xian sont séparés, le deuxième tombe malade puis décide de se retirer dans un monastère. Toutefois, il croise Bai Suzhen sur le Pont Brisé, au nord du lac, et apprend qu'il va dveenir père. Fa Hai pourchasse toujours la seprente blanche, et l'emprisonne cette fois-ci dans une pagode du Pic du Tonnerre. Serpente verte demande l'appui des Dieux pour combattre Fa Hai et libérer Bai Suzhen. La pagode est alors détruite, et le conte se finit bien. C'est à la fin des années 1990 que l'armée a décidé de reconstruire une pagode sur le même site. Ils en ont profité pour équiper le site d'ascenseurs internes, de décorations kitsch et le tout ressemble plus à un parc d'attraction qu'à un monument historique restauré. Mais l'histoire demeure...


Un des autres symboles forts du site est le restaurant Lou Wai Lou, qui existe depuis cent-soixante ans ! Je me suis dit qu'il fallait absolument profiter de ma présence pour goûter leur fameux plat de crevettes aux feuilles de thé du puit du dragon (Longjing, le thé typique de Hangzhou), avec une petite bière à la pluie verte du Lac de l'Ouest ! C'était un peu cher, mais très bon et finalement très nourrissant !



Comme pour Suzhou, le décollage de Hangzhou date de la création de Grand Canal, qui relie ces villes à celles du nord et du nord-ouest sous les Tang. Le lac est amenagé, avec notamment la création d'une digue pour éviter les inondations. Le poète Bai Juyi a laissé son nom à cette digue. C'est l'homme influent de l'époque, puisqu'il devient gouverneur de la province au IXe siècle et il a laissé une trace impérissable dans la mémoire de la région.
 
La suite vous est déjà plus familière. Après la décadence de leur dynastie et leur défaite face aux Jürchen, les Song se replient  au sud, et font de Hangzhou leur capitale. Au XIIIe siècle, Hangzhou compte plus d'un million d'habitants, ce qui en fait la ville la plus peuplée du monde à l'époque. Hangzhou devient un centre culturel florissant et un grand port commercial.
 
Sous la dynastie Yuan, Hangzhou perd son statut de capitale, mais reste attractive. La ville impressionnera beaucoup un certain Marco Polo à la fin du XIIIe siècle. Les Ming et les Qing seront moins attachés à cette ville, qui sera détruite en quasi totalité par la révolte des Taiping à la fin du XIXe siècle, puis par la Révolution culturelle dans les années 1960-1970. Aujourd'hui, il ne reste donc que le Lac de l'Ouest, quintessence de leur culture et de leurs paysages selon les Chinois, à apprécier :


Un petit poème de Bai Juyi consacré au lac pour finir (traduction tirée de l'Anthologie de la littérature chinoise classique de jacques Pimpaneau) :

    Sur le lac au printemps, de Bai Juyi (824).
   
Ce lac, à la venue du printemps, ressemble à une peinture,
    Des hauteurs en désordre entourent la surface de l'eau,
    Des pins couvrent les pentes des collines : mille rangées d'émeraudes,
    La lune dessine un point au milieu des vagues : perle unique,
    Un tapis bleuté fait de bouts de fil : le riz précoce qui sort,
    Une ceinture de jupe en soie verte : les nouveaux roseaux qui s'étendent.
    Je ne parviens pas à abandonner Hangzhou,
    La moitié du harpon qui me retient est ce lac.


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Publié dans Voyages

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P
Sublime!
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