La Chine face à ses minorités

Publié le par Valentin Chaput

Il ne vous aura pas échappé que la question de la gestion des minorités ethniques chinoises est au coeur de l'actualité, avec les événements du Tibet notamment. Le Yunnan étant la zone géographique qui comporte à elle seule vingt-cinq des cinquante-cinq minorités, il me paraît intéressant de se pencher sur la problématique du rapport des Chinois Han (94% de la population) et du pouvoir central avec tous ces peuples. Les minorités les plus célèbres en dehors de Chine sont bien sûr les Tibétains, mais aussi les Ouïghours musulmans dont je reparlerai dans mes articles sur le Xinjiang et les Mongols dont il est question sur le premier blog, car ces trois ethnies sont aujourd'hui les plus difficiles à gérer pour Pékin, avec des volontés autonomistes ou indépendantistes (attention, ce n'est pas pareil !) plus ou moins affichées. N'oublions pas les musulmans Hui, plutôt bien intégrés car présents en Chine depuis la naissance de l'Islam, sont connus par tous ceux qui ont séjourné en Chine grace à leurs stands de brochettes de mouton dans les rues de tout le pays. Aujourd'hui, coup de projecteur sur les autres minorités, celles qui sont regroupées dans les provinces du sud (Yunnan, Guizhou et Guangxi). La lecture de l'article "Géographie 6) La diversité ethnique" est une introduction conseillée ;-).


Quelques guides touristiques en vêtements traditionnels... mais vu leur niveau de mandarin, je ne suis pas sûr qu'elle venaient toutes de la minorité qu'elles étaient censées représenter !

Dans le sud, les ethnologues ont établi une classification en trois grandes familles ethno-linguistiques, auxquelles échappent toutefois plusieurs minorités. La première famille est dite des "taï-kadaï" et représente neuf minorités du sud de la Chine qui ont des ramifications avec les peuples de la péninsule indochinoise. Parmi ces ethnies, citons les Buyi et le Dong dans le Guizhou, les Zhuang du Guangxi qui sont la première minorité en nombre avec plus de 16 millions d'habitants, ou les Dai du Yunnan que nous connaissons ici pour leur cuisine sucrée ! Viennent ensuite les "tibéto-birmans", surtout présents dans le Yunnan mais allant jusqu'au Sichuan et au Hunan dans le centre de la Chine. Ce sont souvent des peuples tibétains nomades qui se sont sédentarisés dans des zones très limitées, d'où une certaine homogénéïté locale malgré la mixité générale du Yunnan. Citons les Bai de Dali et les Naxi de Lijiang que j'ai pu rencontrer après Kunming, mais aussi les Yi qui sont 8 millions, mais démontrent les limites de la classification chinoise en cinquante-six groupes ethniques, puisque les Yi se différencient eux-mêmes en une multitude de groupes ethniques différents !  Enfin, la famille des "miao-yao" sont plus répartis dans toute la chine du sud et sont répartis en plusieurs groupes ethniques qui parlent d'un côté des langues Miao et de l'autre des langues Yao. Au passage, notez que les Yao ont été la première minorité officiellement reconnue dès les premiers siècles de notre ère, avant que les Tang leur donnent ce nom, en rapport avec une dispense d'impôt accordée à ce peuple dont les ancêtres légendaires remontaient aux premiers seigneurs mythiques de la Chine. Il est impossible d'être exhaustif, surtout qu'il faudrait présenter les langues et les coutumes de chaque ethnie en termes d'éducation, de mariage, de relation à la mort etc. Il en va de même pour les vêtements, dont la diversité est très impressionnante, mais sur laquelle je ne peux pas m'étendre ici.


Quelques vêtements du musée des minorités. C'est un peu frustrant pour ceux que cela intéresse acr j'ai beaucoup d'autres photos, mais pas la place de tout publier sur le blog. Peut-être pour un futur best-of du blog ?

En revanche, il me paraît nécessaire de retracer l'évolution des relations entre les Han et ces peuples des périphéries de leurs Empires successifs. Dès les premiers Empires, et notamment celui des Han, la conquête des petits royaumes barbares du sud était un objectif politique et économique prioritaire. Comme pour Kunming, la région du Yunnan et plus largement du sud de la Chine était déjà une importante plate-forme commerciale dans les premiers siècles av.JC. Avant la création de la Route de la Soie au nord-ouest, les principaux échanges transitaient en effet entre la Chine et l'Inde, en passant par la Birmanie. Pas étonnant qu'une telle localisation éveille des convoitises. Après des siècles de troubles en Chine, les Tang relancent une politique coloniale vers le sud à partir des VIIe et VIIIe siècles. Face à l'avancée des tribus tibétaines vers la Chine, les Chinois Han favorisent des protectorats avec les nombreux petits royaumes prospères de cette région des "marches de la Chine" et se satisfont de ce rapport de vassalité. Il faut attendre les Yuan, peut-être car ils ne sont pas Han eux-mêmes mais Mongols, pour voir une politique d'intégration plus volontariste du sud à l'Empire chinois (après une intense guerre de conquêtes toutefois...). Les Ming et encore plus les Qing tenteront quand à eux de recentraliser le pouvoir, ce qui entrainera de nombreuses révoltes. La plus célèbre est la révolte des Taiping évoquée dans les articles sur Nankin, qui est partie du Guangxi après avoir fédéré les Miao.
Au XXe siècle, les communistes tenteront dans un premier temps de faire disparaître toutes les traditions archaïques pour le maoïsme, aussi bien chez les Han que chez les autres. Avec la collectivisation de territoires qui restent très enclavés, le régime n'encourage pas le développement de ces régions, qui restent encore aujourd'hui en retard dans le développement chinois. En revanche, l'ouverture des années 1980 est plus favorable aux minorités, qui obtiennent une plus grande "autonomie" régionale et quelques avantages financiers ou institutionnels comme une représentation disproportionnée au Parlement et dans les instances locales. Le principal privilège est l'absence de planification des naissances pour les minorités, qui échappent ainsi à la politique de l'enfant unique (sur laquelle je reviendrai très prochainement). Voilà pour la théorie, car en pratique certaines minorités échappent à la classification, et certaines souhaiteraient une redéfinition de leur place.


Le cadre idyllique (pour le visiteur) du parc des minorités : 20°C mi-janvier !

Revenons à Kunming. La capitale du Yunnan souhaite mettre en valeur ce patrimoine ethnique hors du commun. Elle dispose désormais d'un magnifique musée, qui côtoie une autre réalité, une sorte de Disnleyland des minorités. C'était très intéressant pour comprendre la relation des Han avec les minorités. Nous avons donc débuté par la visite de cette "campagne des minorités" qui présente la reproduction de l'habitat naturel de quelques unes des principales minorités du Yunnan. A chaque fois, des guides habillées de manière traditionnelle entraînent les touristes Han vers les démonstrations de danse, d'acrobaties et bien sûr, vers les magasins de souvenirs. Le constat nous a sauté aux yeux : les Han visitaient ce site comme on visite un zoo ! L'ambiance de l'Exposition coloniale de 1931 à Paris ne devait pas être très différente, la consommation en moins. Le retard de développement des minorités du sud joue peut-être dans ce sentiment de supérioté des colons amusés par le folklore de ces bons sauvages qui d'ailleurs ont l'air particulièrement contents d'exécuter leur petits numéros ! Nous étions encore plus tristes de constater que nous étions (Yacine et moi) les deux seuls visiteurs du musée des minorités, qui lui au moins mettait réellement en valeur les histoires, les coutumes, les vêtements, les instruments de musique et les créations artistiques de toutes ces minorités. La gestion des minorités ethniques, même si le régime a fait d'importants efforts financiers et politiques en leur faveur, reste donc un problème présent et futur.
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Publié dans Voyages

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Hi Valentin,<br /> <br /> Je m'appelle Xiao, étudiant chinois en France depuis 5ans. J'ai passé toutes mes études universitaires en France (Université d'Angers), et actuellement je suis au Québec dans le cadre d'un programme d'échange pour terminer mon MBA International Business. je retourne en France bientôt en espérant trouver un stage de fin d'étude.<br /> <br /> J'ai découvert ton site par hasard, et les articles que t'as écrit me rassure l'importance de l'échange et la communication entre les jeunes Français et Chinois afin d'éviter des malentendus profonds.<br /> <br /> En effet, je me suis engagé dans le débat sur certains sujets d'actualité que tu es au courant, avec mes amis étrangers (notamment les Français), et même avec mon professeur dans la classe. Je suis fatigué d'expliquer les "biased" visions des médias occidentaux à tout le monde que je connais, tout en recevant des emails d'insultes et en cassant l'amitié avec plusieurs bons amis. Je me sens blessé mais je n'abandonne jamais ma conviction. Tout le monde doit connaitre la vérité, et les enjeux derrière les rideaux de fumée, des mises en scènes. Je ne suis pas nationaliste, je veux seulement qu'on juge la Chine de façon plus objective.<br /> <br /> Je suis aussi désolé de savoir que ton premier blog est bloqué en Chine. Sur ce point, je ne suis pas d'accord avec certaines mesures de sécurité. On ne doit pas mettre de tout dans un même panier.<br /> <br /> Ton message sur la difficulté de la langue chinoise m'a beaucoup appris de ma propre langue maternelle, lol. Ton analyse était excellente, qui me donne plein d'idées.<br /> <br /> Le début lorsque j'ai appris le français, j'avais aussi eu pas mal de difficultés. Je me rappelle qu'après un an d'apprentissage à Beijing, en arrivant en France, je ne comprenais rien des conversations entre les Français ... <br /> <br /> Une riche base sur la culture chinoise pourrait peut-être t'aider à avancer plus vite, notamment au niveau de la compréhension écrite. Je t'avoue qu'un an d'études est loin d'être suffisant pour maîtriser le Mandarin pour un Occidental. J'ai un ami Français qui a étudié le Mandarin à Chengdu a réussi à trouver un travail à Shanghai. Il m'a dit qu'il avait lu les classiques de Confucius et de Laozi jusqu'aux détails. Voici le lien de son blog : http://gregtoshanghai.over-blog.net/ (en espérant que tu peux le voir, il utilise un proxy étranger).<br /> <br /> J'ai juste une question concernant ton visa : si l'autorité chinoise ne reconduit pas ton visa, comment tu peux retourner à compléter les reste de tes études labas ? Tu dois retourner en France et refaire un visa auprès de l'ambassade chinoise à Paris ?<br /> <br /> <br /> Bonne continuation et au plaisir de te connaître<br /> <br /> Xiao
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