Dans la chaumière du poète
Le blog se consacre aujourd'hui à la poésie classique de l'époque Tang (618-907) à l'occasion de la présentation de la chaumière de Du Fu à Chengdu. La dynastie Tang, comme je vous l'avais déjà dit lors de mon résumé de voyage à Xi'an, est considérée comme l'une des plus importantes périodes de développement culturel de la Chine. C'est notamment le cas pour la poésie classique, qui connaît son apogée au VIIIe siècle.
Commençons par le site visité à Chengdu. Rappelons ici le contexte, absolument déterminant dans l'oeuvre poétique de Du Fu et de ses contemporains. Le point central est la rébellion d'An Lushan, aidé par Yang Guifei, contre l'Empereur Xuanzong, contraint à l'exil loin de la capitale impériale de Chang'An (Xi'an), après de violents combats particulièrement meurtriers. Du Fu s'exile également, mais est séparé de sa famille, ce qui se retrouve dans le thème de nombreux poèmes mélancoliques. En 759, il s'installe dans ce site de l'ouest de Chengdu, mais il semble que les actuels bâtiments du site aient été rajoutés bien après sa mort.

Cette visite agrémentée de quelques photos me permet de parler brièvement des grands poètes chinois, un thème que je n'ai pas pu aborder jusqu'à présent. D'après mes lectures (voir l'article suivant), les trois plus célèbres sont Du Fu, engagé sur la voie rigoureuse du confucianisme, Li Bo (ou Li Bai dans la prononciation actuelle du pinyin) le taoiste hédoniste, et Wang Wei, le bouddhiste de tendance chan (ou zen en Japonais). Trois grands poètes parmi beaucoup d'autres, représentant des courants de pensée et de styles littéraires bien distincts. C'est surtout Du Fu et Li Bo qui retiendront mon attention ici.
Li Bo et Du Fu se sont rencontrés et se sont influencés, pourtant ils sont à peu près opposés sur tout, tels le yin et le yang. Si Du Fu n'a fait que regretter les ravages de la guerre, Li Bo s'est engagé dans un groupe de rebelles, ce qui le conduira quelques temps en prison. Lorsque Du Fu est le plus admirable représentant des poèmes classiques avec leurs règles, Li Po s'illustre dans un style plus libre. Du Fu parle des souffrances humaines avec gravité, alors que Li Bo est plus extravagant et prône une vie de plaisirs. Petit exemple de cette opposition avec deux poèmes sur un thème commun (la lune) sélectionnés dans les traductions de François Cheng.

Voilà pour Du Fu, qui écrit alors qu'il est séparé de sa femme et de ses enfants, loin de Longue-Paix (Chang'An). Chez Li Bo, la lune évoque des sentiments bien plus grivois !

Buvant seul sous la lune, de Li Bo :
Pichet de vin, au milieu des fleurs.
Seul à boire, sans un compagnon.
Levant ma coupe, je salue la lune :
Avec mon ombre, nous sommes trois.
La lune pourtant ne sait point boire.
C'est en vain que l'ombre me suit.
Honorons cependant ombre et lune :
La vraie joie ne dure qu'un printemps !
Je chante, et la lune musarde,
Je danse, et mon ombre s'ébat.
Eveillés, nous jouissons l'un de l'autre ;
Et ivres, chacun va son chemin...
Retrouvailles sur la Voie Lactée :
A jamais, randonnée sans attaches !

Le prochain article vous expliquera quelques bases de la poésie classique chinoise (ou tentera de le faire car ce n'est pas simple !), bonne lecture !
Commençons par le site visité à Chengdu. Rappelons ici le contexte, absolument déterminant dans l'oeuvre poétique de Du Fu et de ses contemporains. Le point central est la rébellion d'An Lushan, aidé par Yang Guifei, contre l'Empereur Xuanzong, contraint à l'exil loin de la capitale impériale de Chang'An (Xi'an), après de violents combats particulièrement meurtriers. Du Fu s'exile également, mais est séparé de sa famille, ce qui se retrouve dans le thème de nombreux poèmes mélancoliques. En 759, il s'installe dans ce site de l'ouest de Chengdu, mais il semble que les actuels bâtiments du site aient été rajoutés bien après sa mort.

Cette visite agrémentée de quelques photos me permet de parler brièvement des grands poètes chinois, un thème que je n'ai pas pu aborder jusqu'à présent. D'après mes lectures (voir l'article suivant), les trois plus célèbres sont Du Fu, engagé sur la voie rigoureuse du confucianisme, Li Bo (ou Li Bai dans la prononciation actuelle du pinyin) le taoiste hédoniste, et Wang Wei, le bouddhiste de tendance chan (ou zen en Japonais). Trois grands poètes parmi beaucoup d'autres, représentant des courants de pensée et de styles littéraires bien distincts. C'est surtout Du Fu et Li Bo qui retiendront mon attention ici.
Li Bo et Du Fu se sont rencontrés et se sont influencés, pourtant ils sont à peu près opposés sur tout, tels le yin et le yang. Si Du Fu n'a fait que regretter les ravages de la guerre, Li Bo s'est engagé dans un groupe de rebelles, ce qui le conduira quelques temps en prison. Lorsque Du Fu est le plus admirable représentant des poèmes classiques avec leurs règles, Li Po s'illustre dans un style plus libre. Du Fu parle des souffrances humaines avec gravité, alors que Li Bo est plus extravagant et prône une vie de plaisirs. Petit exemple de cette opposition avec deux poèmes sur un thème commun (la lune) sélectionnés dans les traductions de François Cheng.

Nuit de lune, de Du Fu :
A ma femme
Cette nuit, la lune brille sur Fuchou ;
Tu es seule à la contempler.
De loin, je chéris les enfants, trop jeunes
Pour savoir se rappeler Longue-Paix.
Chignon de nuage au parfum de brume,
Bras de jade dont émane la pure clarté...
Quelle nuit, près de quel rideau, la lune
Séchera nos larmes enfin mêlées ?
A ma femme
Cette nuit, la lune brille sur Fuchou ;
Tu es seule à la contempler.
De loin, je chéris les enfants, trop jeunes
Pour savoir se rappeler Longue-Paix.
Chignon de nuage au parfum de brume,
Bras de jade dont émane la pure clarté...
Quelle nuit, près de quel rideau, la lune
Séchera nos larmes enfin mêlées ?
Voilà pour Du Fu, qui écrit alors qu'il est séparé de sa femme et de ses enfants, loin de Longue-Paix (Chang'An). Chez Li Bo, la lune évoque des sentiments bien plus grivois !

Buvant seul sous la lune, de Li Bo :
Pichet de vin, au milieu des fleurs.
Seul à boire, sans un compagnon.
Levant ma coupe, je salue la lune :
Avec mon ombre, nous sommes trois.
La lune pourtant ne sait point boire.
C'est en vain que l'ombre me suit.
Honorons cependant ombre et lune :
La vraie joie ne dure qu'un printemps !
Je chante, et la lune musarde,
Je danse, et mon ombre s'ébat.
Eveillés, nous jouissons l'un de l'autre ;
Et ivres, chacun va son chemin...
Retrouvailles sur la Voie Lactée :
A jamais, randonnée sans attaches !

Le prochain article vous expliquera quelques bases de la poésie classique chinoise (ou tentera de le faire car ce n'est pas simple !), bonne lecture !
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