夏冰欢迎你!

Les Dong, Longsheng, Yangshuo... cette semaine vous pourrez découvrir les trois derniers articles de mon dernier voyage en Chine. Toutefois le blog n'est pas encore totalement achevé. Je ne peux pas terminer sans revenir sur les quelques enseignements que je retire de cette année consacrée à la Chine et aux Chinois. A très bientôt donc...
Xia Bing
Lundi 31 mars 2008
Petite présentation de l'excursion du week-end : Shanhaiguan (山海关), la ville portuaire où s'achève la Grande Muraille de Chine au contact de la Mer de Bohai, à moins de trois cents kilomètres à l'est de Pékin. Pourquoi avoir choisi cet endroit ? Tout d'abord parce que la montagne avoisinante présente très vite de hauts reliefs, d'où la facilité de bloquer un éventuel ennemi, et ensuite parce qu'à quelques kilomètres de là se trouvait le port de Qinhuangdao ("l'Ile de l'Empereur Qin"), construit lorsque le premier Empereur chinois, en quête d'immortalité, avait envoyé des bateaux à la recherche de la solution pour ne pas mourir.


La ville est entourée par une muraille, qui contenait autrefois quatre forts de protection aux quatre coins cardinaux. Il n'en reste qu'un, et il n'est pas exceptionnel. Voyez ici le coin nord-est de ce mur d'enceinte.


Une petite vue de la "place" centrale de Shanhaiguan, qui met peut-être trop en valeur l'ambiance de la ville.

Malheureusement , nous n'avons pas bénéficié des meilleures conditions climatiques, et la ville était en grande partie engagée dans un chantier de rénovation, destiné à satisfaire les futurs touristes, avec des bâtiments en "faux-ancien".


La nouvelle organisation de la ville : à gauche, les habitations délabrées des Chinois, à droite, les nouveaux hôtels et magasins "authentiques" destinés aux touristes. Remarquez qu'il y a un mur entre les deux mondes !


La Tête du Vieux Dragon, qui correspond symboliquement à la fin de la Muraille, bloquée à l'est par la mer.


Mais ce qui gâche une nouvelle fois l'ambiance, c'est que depuis la même plage, on aperçoit le port industriel à quelques centaines de mètres...

Avec Jérémie, nous n'avons pas été totalement convaincus par ce site de Shanhaiguan, un peu triste et surtout très cher ! En revanche, la fin de la Muraille à l'ouest nous avait marqué durant notre long périple du mois de février. Ce sera l'objet du prochain article !
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
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Jeudi 27 mars 2008
Animal emblématique de la Chine, le Giant Panda (xiongmao, 熊猫) est une espèce en grand danger ! Le panda est rattachée à la famille phylogénétique de l'ours, dont il s'est rapidement distingué. Il est apparu en Chine il y a huit à neuf millions d'années. Des traces de sa présence auraient également été retrouvées en France, mais cette branche s'est éteinte très rapidement, il y a plus de cinq millions d'années. A l'époque, le panda était encore omnivore. Autrefois présent en nombre dans tout le centre et le sud de la Chine, il ne resterait plus aujourd'hui qu'un peu plus de mille cinq cents pandas en liberté, regroupés dans la province du Sichuan, ainsi que quelques rares spécimens dans les zoos du monde entier. Est-ce une nouvelle fois l'action irréfléchie de l'homme qui menace la survie de cet animal si mignon ? Pour répondre à toutes nos questions sur les pandas, nous avons profité de notre séjour à Chengdu pour visiter la plus grande réserve de pandas au monde, considérée comme le meilleur lieu pour découvrir le fruit des recherches sur cette espèce et pour observer les animaux dans leur environnement (presque) naturel.



Si les pandas sont menacés d'extinction, les hommes ne sont pas les seuls responsables. Bien au contraire, on pourrait penser que sans un tel centre, la situation des pandas serait encore plus préoccupante ! Il faut savoir que les pandas ont une curieuse particularité : ils ne sont généralement pas totalement viables à la naissance ! La grossesse est très variable, pouvant aller de moins de trois mois à plus de six, et la plupart du temps, la mère ne s'en rend même pas compte ! En effet, l'embryon ne dépasse pas les quelques grammes jusqu'à sa naissance ; le record actuel du bébé panda le plus léger ayant survécu grâce à l'aide des spécialistes est de... 51 grammes ! Pour comparer, une tablette de chocolat pèse en moyenne 150g ! Le bébé panda ne mesure par conséquent que quelques centimètres, il n'a aucun poil, et ressemble plus à un gros lézard qu'à sa génitrice. Du coup, cette dernière ne reconnaît pas son propre enfant au premier abord, et le tue parfois sans le vouloir tellement elle est surprise par l'apparence de la créature ! Ajoutons que le panda est sourd et aveugle pendant les six premiers mois de sa vie, et qu'il ne peut se nourrir seul qu'après un an et demi (sur une vie d'une quinzaine d'années en moyenne) ! La survie d'un panda tient du miracle au final !



Une fois indépendant, le panda arbore fièrement sa fourrure blanche sur le corps et la tête, et noire sur les pâtes, les oreilles et le contour des yeux. Si le panda est un gros mangeur (vingt kilos de bambous par jour en moyenne à l'âge adulte), il a des goûts très difficiles à satisfaire : sur l'ensemble des types de bambous existants, il n'y en a qu'une vingtaine dont il peut se nourrir ! C'est ici que le développement humain, avec la déforestation massive, est un facteur aggravant. Ajoutons à cela que la période de copulation est limitée à deux jours par an, et qu'elle doit en plus être  "forcée", voire pratiquée par insémination artificielle par les vétérinaires du centre ! Résultat, les naissances sont rares,  surtout en captivité, et les survivants capables de se reproduire à leur tour le sont encore plus ! Dans ses conditions, on peut se demander si un centre spécialisé comme celui de Chengdu, qui materne les pandas durant toutes les étapes de leur vie en leur apportant nourriture et soins, ne va pas contre l'évolution des espèces et la sélection naturelle. Dans le même temps, comment se résoudre à ne pas sauvegarder une espèce si attachante ?



Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
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Mardi 25 mars 2008
La visite de la Chaumière de Du Fu à Chengdu m'a donné l'occasion de me pencher sur la poésie chinoise classique, particulièrement florissante sous la dynastie des Tang. Pour préparer cet article, j'ai consulté plusieurs ouvrages, et notamment deux de François Cheng :

Cheng-1.jpg Cheng-2.jpg Le premier est un recueil de poèmes chinois de toutes les époques. Le deuxième est plutôt une introduction (très poussée) à la lecture des poèmes chinois classiques, leur écriture et leur réécriture lors de la traduction.

Je vais essayer de vous expliquer quelques bases, sans rentrer dans les détails trop complexes. Les passionnés pourront trouver leur bonheur dans le deuxième livre !

Premier point fondamental : un poème chinois n'a rien à voir avec un poème en langue européenne ! En effet, dans nos langues, l'écrit représente le son que l'on prononce à la lecture. Le poète doit donc s'efforcer de trouver une musicalité, un rythme, des rimes dans le poème.

Mais les Chinois ont leurs caractères, et ces derniers ne représentent pas la transcription par écrit d'un son à prononcer, mais bien le sens profond du mot. Le but ne sera pas simplement d'atteindre un équilibre oral, mais plutôt d'arriver à conjuguer le sens, le son et une beauté visuelle avec des caractères harmonieux entre eux. Pour les néophytes, j'avais écrit un petit article sur la logique des caractères chinois au tout début du premier blog, avec le système des radicaux qui apportent le sens etc. A ce propos, je rappelle qu'il s'agit forcément des caractères traditionnels dans les poèmes, et non de l'écriture simplifiée que j'apprends, plus pratique mais qui perd parfois un peu du sens originel. François Cheng résume cela en se demandant si la poésie chinoise est plus un "chant écrit" ou une "écriture chantée".

La beauté visuelle dont je parlais passe par des liens étroits avec la maîtrise de la calligraphie, et parfois de la peinture. Mais parmi les différentes formes poétiques, le ci a la forme d'un poème chanté, qui passe essentiellement par l'oral, comme toutes les chansons et histoires populaires chinoises. Mais après, cela se complique diablement !
Il y a deux grands styles de poèmes, le gutishi qui est la forme ancienne, plus libre, dans laquelle Li Bo trouve son bonheur, et puis le lütishi, la "poésie de style nouveau", avec des règles très strictes, qui servent de cadre aux poèmes de Du Fu, considéré comme le meilleur dans cet exercice.

Pour en rester aux bases uniquement, il faut savoir que les vers comprennent en règle générale cinq ou sept caractères. Cela correspond à nos règles d'alexandrins. Seulement voilà, avec cinq caractères, on ne raconte pas grand chose, surtout que les poèmes sont souvent limités à quatre, voire huit vers, dans le style nouveau. Du coup, le poète pratique une ellipse du sujet, des prépositions (dans, sur...), des mots de comparaison et parfois de certains verbes ! Du coup, tout passe par la métaphore, et c'est parfois un véritable casse-tête. Pour vous donner un exemple simple, j'ai sélectionné un quatrain du poète Liu Yuxi dans le livre de François Cheng, avec pour thème la ville de Nankin, délaissée sous les Tang, mais dans laquelle je pense me rendre très bientôt (je vous en reparlerai). Il était un peu compliqué d'installer les caractères traditionnels sur mon ordinateur, donc je vous donne juste la traduction mot-à-mot des caractères :

             Ville - Pierre
             Montagnes - entourer - ancien - pays / tout - autour - rester
             Marées - frapper - vide - muraille / solitairement - retourner
             Rivière - Huai - côté - est / autrefois - lune
             Nuit - tardive - encore - passer / créneaux - venir

Vous remarquez les césures au milieu des vers, pour des questions de rythme, trop compliquées ici. Comme vous le voyez, il manque des mots, c'est un style "E.T. téléphone maison" si l'on suit le poème en chinois "brut". Cheng insiste d'ailleurs sur le "vide" dans les poèmes chinois, car ce qui n'est pas écrit a toute son importance pour la compréhension ! Voici sa traduction finale en Français :

             La Ville-de-Pierres, de Liu Yuxi
             Pays ancien entouré de montagnes qui demeurent
             Vagues frappant les murailles, retournant sans écho
             A l'est de la rivière Huai, la lune d'autrefois
             Seule, franchit encore, à minuit, les créneaux.

Le travail d'adaptation est donc très long et particulièrement difficile !
J'espère avoir éveillé votre curiosité à ce sujet ; je n'ai malheureusement pas le temps de développer plus pour le moment. Car les pandas attendent depuis déjà bien longtemps...
Par Valentin Chaput - Publié dans : Lectures chinoises
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Mardi 25 mars 2008
Le blog se consacre aujourd'hui à la poésie classique de l'époque Tang (618-907) à l'occasion de la présentation de la chaumière de Du Fu à Chengdu. La dynastie Tang, comme je vous l'avais déjà dit lors de mon résumé de voyage à Xi'an, est considérée comme l'une des plus importantes périodes de développement culturel de la Chine. C'est notamment le cas pour la poésie classique, qui connaît son apogée au VIIIe siècle.
Commençons par le site visité à Chengdu. Rappelons ici le contexte, absolument déterminant dans l'oeuvre poétique de Du Fu et de ses contemporains. Le point central est la rébellion d'An Lushan, aidé par Yang Guifei, contre l'Empereur Xuanzong, contraint à l'exil loin de la capitale impériale de Chang'An (Xi'an), après de violents combats particulièrement meurtriers. Du Fu s'exile également, mais est séparé de sa famille, ce qui se retrouve dans le thème de nombreux poèmes mélancoliques. En 759, il s'installe dans ce site de l'ouest de Chengdu, mais il semble que les actuels bâtiments du site aient été rajoutés bien après sa mort.


Cette visite agrémentée de quelques photos me permet de parler brièvement des grands poètes chinois, un thème que je n'ai pas pu aborder jusqu'à présent. D'après mes lectures (voir l'article suivant), les trois plus célèbres sont Du Fu, engagé sur la voie rigoureuse du confucianisme, Li Bo (ou Li Bai dans la prononciation actuelle du pinyin) le taoiste hédoniste, et Wang Wei, le bouddhiste de tendance chan (ou zen en Japonais). Trois grands poètes parmi beaucoup d'autres, représentant des courants de pensée et de styles littéraires bien distincts. C'est surtout Du Fu et Li Bo qui retiendront mon attention ici.
Li Bo et Du Fu se sont rencontrés et se sont influencés, pourtant ils sont à peu près opposés sur tout, tels le yin et le yang. Si Du Fu n'a fait que regretter les ravages de la guerre, Li Bo s'est engagé dans un groupe de rebelles, ce qui le conduira quelques temps en prison. Lorsque Du Fu est le plus admirable représentant des poèmes classiques avec leurs règles, Li Po s'illustre dans un style plus libre. Du Fu parle des souffrances humaines avec gravité, alors que Li Bo est plus extravagant et prône une vie de plaisirs. Petit exemple de cette opposition avec deux poèmes sur un thème commun (la lune) sélectionnés dans les traductions de François Cheng.


          Nuit de lune, de Du Fu :
                                                    A ma femme
         
          Cette nuit, la lune brille sur Fuchou ;
          Tu es seule à la contempler.
          De loin, je chéris les enfants, trop jeunes
          Pour savoir se rappeler Longue-Paix.

          Chignon de nuage au parfum de brume,
          Bras de jade dont émane la pure clarté...
          Quelle nuit, près de quel rideau, la lune
          Séchera nos larmes enfin mêlées ?

Voilà pour Du Fu, qui écrit alors qu'il est séparé de sa femme et de ses enfants, loin de Longue-Paix (Chang'An). Chez Li Bo, la lune évoque des sentiments bien plus grivois !


          Buvant seul sous la lune, de Li Bo :

          Pichet de vin, au milieu des fleurs.
          Seul à boire, sans un compagnon.
          Levant ma coupe, je salue la lune :
          Avec mon ombre, nous sommes trois.
          La lune pourtant ne sait point boire.
          C'est en vain que l'ombre me suit.
          Honorons cependant ombre et lune :
          La vraie joie ne dure qu'un printemps !
          Je chante, et la lune musarde,
          Je danse, et mon ombre s'ébat.
          Eveillés, nous jouissons l'un de l'autre ;
          Et ivres, chacun va son chemin...
          Retrouvailles sur la Voie Lactée :
          A jamais, randonnée sans attaches !


Le prochain article vous expliquera quelques bases de la poésie classique chinoise (ou tentera de le faire car ce n'est pas simple !), bonne lecture !
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
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Lundi 24 mars 2008
Je vous disais que les seules parties encore préservées de Chengdu se situaient autour des deux temples les plus célèbres de la ville. Il est temps de vous les présenter : le Temple des Chèvres de Bronze côté taoiste et le Monastère de Wenshu côté bouddhiste.


Les dernières traces de ce que fut Chengdu par le passé


Le Temple des Chèvres de Bronze

Laozi, le fondateur du taoisme serait apparu dans ce temple majestueux, remarquable par ses parois en bois très sombre, accompagné de deux chèvres, dont on trouve les statues de bronze à l'intérieur. J'ai beaucoup aimé l'apparence du temple perdu au milieu d'une végétation luxuriante, pas forcément visible sur ces photos-là, mais très distincte de l'apparence des temples du nord de la Chine, qui n'accueillent que quelques rares arbres sur les côtés, alors que les allées sont carrelées et dégagées. Dans ce temple Tang, reconstruit sous les Qing, on sent au contraire très bien l'importance de la nature, même par un jour de météo capricieuse. C'est d'ailleurs ici que nous avions mangé les fameux plats végétariens qui imitaient l'aspect de la viande (voir l'article sur La Route des Saveurs). On peut vraiment parler d'un petit îlot de tranquillité, construit à quelques mètres d'un grand axe de transports, mais très préservé par ses bambous et son ambiance de Chine traditionnelle, avec les nombreuses personnes âgées qui se retrouvent là pour prendre leur thé et bavarder.


Le coeur du temple, avec ses colonnes dorées


Passons maintenant au Monastère Wenshu, qui présente des similitudes avec le temple taoiste. Il a aussi été fondé sous les Tang, puis rebâtit jusqu'à acquérir sa forme actuelle sous les Qing. Lui aussi semble en décalage avec la vie et la ville alentour. Lui aussi est très fréquenté par les pratiquants, comme la plupart des temples que j'ai visité dans les villes d'ailleurs. Lui aussi m'a plu parce qu'il est différent du modèle classique du temple pékinois, que vous pouvez retrouver sur le blog. Ici, j'ai beaucoup aimé l'alliance de teintes rouges et blanches en contraste avec le bois peint en noir. Je vous laisse découvrir cela en images.


Le rouge et le noir


La prochaine étape sera dédiée à la poésie...
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
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Dimanche 23 mars 2008
Une demi-nuit après le retour d'Harbin, je repartais déjà, avec Yacine cette fois-ci, pour huit jours dans le sud de la Chine. Première étape à Chengdu, capitale de la province du Sichuan, réputée pour sa nourriture pimentée, ses salons de thé et ses jolies filles, même si nous avons été plus convaincu par les deux premières affirmations que par la dernière ;-). L'histoire de Chengdu est intéressante, car c'est une ville ancienne, chargée d'une longue histoire de quatre millénaires. La région où est implantée la ville a été connue sous le nom de "terre de l'abondance" dès l'âge du bronze.
C'est en fait au IVe siècle avant notre ère que Chengdu devint une vraie capitale importante (le nom Chengdu, 成都, singnifie d'ailleurs "devenir une capitale"), celle du prospère Royaume de Shu. En 316 av.JC, l'Empire créé par Qin conquiert cette zone qui deviendra Han pour les siècles suivants. Mais à la chute de la dynastie des Han de l'est en 221 ap.JC, Chengdu reprend un rôle de capitale, celle de la restauration du Royaume Shu sous l'autorité du personnage légendaire de Liu Bei, figure emblématique de la grande épopée des Trois Royaumes, sur laquelle je reviendrai plus loin.
Deuxième heure de gloire pour Chengdu, lorsque la dynastie des Tang en exil y trouve refuge. Souvenez-vous de mes articles et montages-photos sur Xi'an. Le rebelle An Lushan, aidé par la concubine impériale Yang Guifei, pousse l'Empereur Xuanzong à quitter sa capitale en 756. Derrière lui, l'Empereur fait venir deux grands artistes, peut-être considérés comme les deux plus grands poètes chinois, Du Fu et Li Bo, qui feront l'objet d'un autre article.

Par la suite, Chengdu profita de sa position exceptionnelle au centre de la Chine, comme point de contact entre l'Asie du sud avec le Tibet, la Birmanie, voire l'Inde, la Chine du Yangzi qui conduit vers Shanghai, et le nord du pays, vers Xi'an puis Pékin. Le commerce a toujours été une activité centrale. Bien avant les Vénitiens ou les Flamands des cours d'économie de Sciences Po, c'est à Chengdu que se sont développés les bases du dépôt bancaire et du billet de banque, dès le IXe siècle !
Dernier moment-clé de l'histoire de Chengdu, le milieu du XXe siècle. Chengdu est à plus de deux mille kilomètres de la mer à l'est. Lorsque les Japonais ont occupé la Chine à partir de 1931, ils ne sont pas arrivés jusqu'au Sichuan. C'est donc à Chengdu et à Chongqing que les nationalistes du Guomindang ont installé leur résistance. C'est d'ailleurs Chengdu qui sera le dernier bastion nationaliste (hors Taiwan) à tomber fin décembre 1949 lorsque le PCC fonda la République populaire de Chine.
Avec une si longue succession de grands événements dans un cadre économique souvent florissant, on est en droit de s'attendre à une ville de grande beauté. Malheureusement, Chengdu est aujourd'hui composée de tours comme toutes les autres villes de Chine. Les anciens quartiers avec leurs beaux bâtiments sont limités à deux rues, autour des deux temples que nous avons visité, et qui feront l'objet du prochain article. Tout le reste à été détruit. En revanche, nous avons vraiment ressenti une astmosphère très différente dans l'attitude des gens, leurs activités, car la ville paraît beaucoup moins "occidentalisée" que Pékin. 
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
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Dimanche 23 mars 2008
Aujourd'hui, un petit sur l'une de mes dernières lectures : La Joie, de Mo Yan, un auteur contemporain très célèbre en Chine, et présenté comme un Prix Nobel de littérature potentiel. J'étais plutôt emballé par le résumé en quatrième de couverture, avec l'histoire, en partie autobiographique, du jeune Yongle ("Joie Eternelle", c'était aussi le nom d'un Empereur Ming au passage), un fils de paysans pauvres du Shandong qui rêve de sortir de la misère par les études... mais qui échoue plusieurs fois de suite aux concours d'entrée à l'université. L'histoire se passe il y a une petite quarantaine d'années (je suppose), un moment vraiment difficile dans les campagnes chinoises. Intéressant sur le papier, mais...

Mais une fois passée la surprise d'une première page originale par sa bizarrerie, on se rend très vite compte que quelque chose ne va pas. Tout d'abord l'énonciation, qui nous parle ? Question restée sans réponse jusqu'au bout, car le récit alterne entre une narration à la première personne, un narrateur qui semble s'adresser directement au lecteur en utilisant la deuxième personne comme si le lecteur était le personnage principal, et une narration plus classique à la troisième personne. Effet de style qui peut être intéressant, mais qui est très troublant quand il y a une telle absence de ponctuation ! Pas de guillemets, jamais ! Les personnages se répondent sans qu'il y ait d'indicateurs, de tirets, de passages à la ligne. Or quand je note cette absence de passages à la ligne, c'est pour dire qu'il y a trois ou quatre paragraphes seulement sur 180 pages ! Du coup, tout est très confus, le lecteur ne sait pas où il est, qui parle et pire... qui dit quoi ?


Car en plus de la déroutante absence de la forme classique d'un texte littéraire avec des phrases, des transitions, des marques d'énonciations, il y a un manque flagrant de contenu dans tout cela. Le concept c'est que Yongle "se réfugie dans un monde secret peuplé de mirages et de souvenirs" d'après le commentaire du livre. En réalité, je ne suis pas loin de penser que délires pervers et dérangements psychiatriques sont plus adaptés que "mirages et souvenirs". Globalement le récit n'a ni queue ni tête. Seule une quinzaine de pages vers les deux-tiers du livre ont une forme stylistique et un sens que l'on peut suivre, et c'est le passage le plus intéressant, puisqu'il aborde un tout petit peu la situation de ces paysans pauvres, très défavorisés dans leur accès aux études, le dilemme entre un mariage qui assurerait à Yongle une vie paysanne difficile mais sûre et le rêve d'entrer à l'université. Mais à la fin, le délire reprend, ce qui fait que je suis bien incapable de vous dire si Yongle se suicide à la fin, ou bien s'il délire simplement, et pourquoi ?

Un peu osé de critiquer à ce point un futur Prix Nobel de littérature ? Je suppose et j'espère qu'il a écrit beaucoup mieux, parce que là, je ne vois pas ce qui peut pousser le lecteur à dépasser les vingts premières pages. Pourquoi l'ais-je fait ? Pour être franc, c'est parce que l'eau et l'électricité ont été coupés toute la journée dans nos chambres, donc privé de tout, j'ai lu, avec l'espoir que le livre révèle son sens caché à la fin... Hélas, ma réponse à la dernière phrase du livre "Qu'est-ce que la joie ? (...) D'où vient la joie ?... Répondez-moi, je vous en prie !" sera sévère : ce n'est pas la lecture de ce livre qui vous éclairera sur ce sujet. Dommage, la prochaine fois peut-être ?
Par Valentin Chaput - Publié dans : Lectures chinoises
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Mercredi 19 mars 2008
Lors du dernier article, je vous expliquais pourquoi des Chinois sont venus s'implanter à Harbin. Maintenant, il est temps de se demander pourquoi je suis allé à Harbin avec Jérémie. A Harbin, tout gèle. Du coup, depuis une quarantaine d'année, Harbin accueille un festival de sculptures de glace de décembre à février. Malheureusmeent, nous en avons manqué un bout avec Jérémie (la plus grande partie, histoire de remuer le couteau dans la plaie...). Pas de grandes sculptures de neige pour nous, mais plutôt la partie plus fine, avec des pièces d'environ deux mètres de haut et de large, dans un cadre entièrement construit en glace. A cause des phénomènes expliqués dans les articles précédents, les appareils photo étaient souvent inopérationnels. Mais voici une sélection de quelques photos, deux mois après, lorsqu'il faisait quarante degrès de moins qu'aujourd'hui !

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Jour/Nuit...

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Le jour, toutes ces structures en blocs de glace sont très impressionnantes, mais les photos ne rendent pas très bien, car la transparence du matériau fait ressortir les arbres ou les bâtiments à l'arrière-plan. La nuit, on voit mieux avec toutes ces lumières, mais c'est nettement plus kitsch.

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Le joueur d'échecs, une de mes préférées. Remarquez que certains blocs ne sont raccordés que par de très fines sections communes avec les autres blocs, ce qui donne l'impression qu'ils tiennent tous seuls au-dessus du vide.

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Un masque à plumes, qui illustre le côté international du festival, qui accueille désormais des artistes de tous les continents.

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Certaines sculptures sont très fines, comme ce corail de quelques centimètres de côté.

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La nuit, les sculptures sont éclairées. L'effet n'est pas toujours très réussi, mais ici, cela passe très bien pour ce thème marin.

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L'une des vedettes du festival : ces deux phénix dorés. 

C'est fini pour Harbin, un sacré souvenir. Dans quelques jours, direction le centre de la Chine avec Chengdu, la capitale du Sichuan, et ses pandas (enfin ;-)).
 
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
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Lundi 17 mars 2008
Qu'est-ce qui peut pousser des gens à vivre dans une ville telle que Harbin ? Voici la question du jour ! Le peuplement de cette province très hostile du Heilongjiang est finalement assez tardif, en tout cas pour la zone de Harbin. Le "musée" architectural de la ville qui nous avons rapidement visité parle d'une première implantation dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Il faut attendre le tournant vers le XXe sicèle pour que la ville de Harbin existe réellement (imaginez les conditions de vie de paysans du XIXe dans une zone où il fait entre 0 et -30°C pendant la moitié de l'année !). Si ce site a été choisi, c'est parce qu'il permettait de lier la Russie à la Chine. Les Russes ont été présents à Harbin dès le début, et le sont toujours, ce qui donne à la ville un certain oecuménisme architectural qu'il est intéressant d'observer.

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A première vue, Harbin est une ville chinoise comme les autres (la neige en plus !) : rails, tours, grues, cheminées industrielles...

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Pourtant la ville est marquée par la présence d'une synagogue, d'une église catholique, d'un temple protestant, d'une mosquée et de la fameuse basilique Sainte-Sophie, symbole de l'implantation russe orthodoxe.

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C'est en se promenant un peu dans les rues (dans la limite de la résistance de nos faibles corps humains face au froid environnant) que l'on découvre des bâtiments ou des cafés construits dans un style architectural très différent de la ville chinoise habituelle.

Mais en dehors des Russes venus de la Sibérie encore plus chaleureuse sur le plan climatique, l'autre moteur du peuplement de Harbin fut l'industrie et le pétrole qui se trouve dans la région. Les trois provinces du nord-est de la Chine (Heilongjiang, Jilin et Liaoning, que l'on regroupe sous le nom de Dongbei) ont été une zone centrale du développement de l'industrie lourde sous le maoïsme. Qu'est-ce qui poussait les gens à venir vivre ici ? L'argent, en considérant qu'ils aient eu le choix de venir ou non... Qu'est-ce qui les retenait ici ? Cette fois-ci, ils n'avaient vraiment pas le choix ;-), selon le principe du hukou, qui limite les migrations intérieures en assignant "légalement" les individus à rester dans leur province ou leur ville.

Alors du coup, nous avons réfléchi aux avantages de la vie harbinoise : se lever à 10h parce qu'avant il est impossible de sortir, manger des soupes de pâtes toute sa vie car il n'y a aucun légume dans ces contrées gelées, passer ses journées dans les avenues de boutiques dans les souterrains de la ville, et finalement hésiter à ressortir après 17h pour ne pas rejoindre les autres statues de glace de la ville... Bref il faut être givré un minimum, et ne pas avoir le choix ! Heureusement, malgré ses conditions de vie difficiles, l'Harbinois garde le sens de l'humour, en proposant par exemple ce formidable Ice Bar. Tout est dans le nom !

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Les murs sont faits en glace...

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Les tables, les sièges et la déco aussi...

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Même les serveurs de vodka sont en glace ! Au passage, je comprends mieux après ce voyage pourquoi la vodka fait des ravages dans les pays froids...

Alors vous l'aurez compris, Harbin n'offre pas une vie très stimulante. Du coup, pour se "réchauffer" un peu et utiliser à bon escient leur environnement naturel, les Harbinois se sont spécialisés dans les sculptures de glace. Ce sera le sujet du prochain article !
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
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Lundi 17 mars 2008
Premier mois pour ce second blog, septième mois en tout. Je suis très content de franchir la barre symbolique des 50 000 pages vues, pour un peu plus de 17 000 visiteurs uniques ! Le mois dernier ayant été très chargé, je n'ai pas publié autant d'articles que je le souhaitais, notamment sur le voyage que j'ai seulement commencé à évoquer jusqu'à présent. Ce sera l'axe fort de ce mois à venir.

Ce blog est encore dans une première phase, puisque je n'ai toujours pas eu le temps de mettre à jour l'intégralité du sommaire, même si c'est en cours. J'ai toujours un problème avec la carte Nomao, et je ne me suis pas repenché sur la question de la musique. Mais vos visites toujours nombreuses m'incitent à continuer, et ce sera le cas. L'audience du deuxième blog est pour le moment très inférieur à celle du premier, ce que je ne comprends pas très bien, étant donné que le nouveau contenu est ici.

Mais ce phénomène devrait s'atténuer au fur et à mesure, avec l'arrivée de nouveaux contenus sur ces pages. Le voyage donc, mais aussi de nouvelles lectures, de nouveaux films, de nouvelles photos de Pékin... A très bientôt pour suivre tout cela !

V
Par Valentin Chaput
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Présentation

Cher internaute, bienvenue sur mon nouveau blog !

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Pour ceux qui ne connaissaient pas mon premier blog, je me présente une nouvelle fois. Je m'appelle Valentin Chaput, ou Xia Bing (夏冰 : "glace de l'été") en Chinois. J'ai 20 ans, et dans le cadre de ma troisième année à Sciences Po Paris, j'ai la chance d'étudier le mandarin à Pékin pendant un an. J'étudie à l'université de langues étrangères de Pékin, la Beijing Foreign Studies University (BFSU), aussi connue en Chine sous le nom de BeiWai, abbréviation de Beijing Waiguoyu Daxue (北京外国语大学).

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Vous trouverez sur ce blog la suite du premier : des commentaires réguliers sur ma vie pékinoise, des photos de mes voyages et des dossiers thématiques pour découvrir à mes côtés la richesse de la civilisation chinoise. J'espère que vous prendrez du plaisir à parcourir ce blog, et que vous y  apprendrez beaucoup sur Pékin et la Chine d'aujourd'hui.

Bonne lecture à toutes et tous !

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J'ai ouvert mon premier blog il y a désormais six mois. Vous pouvez le retrouver grâce à ce lien :

Merci d'être toujours aussi nombreux à le consulter. Malgré la distance et vos activités professionnelles ou universitaires très prenantes, vous prenez le temps de faire régulièrement un tour sur mon blog. Plus de 50 000 pages vues jusqu'à présent ! Une fois de plus, je vous remercie de votre intérêt, de votre confiance et de la publicité que vous faites autour de mon blog auprès de vos connaissances qui s'intéressent à l'Empire du milieu. J'espère vous retrouver parmi mes lecteurs pour le reste de cette année d'aventure ! Je tâcherai d'améliorer encore le blog à l'avenir !

谢谢

夏冰
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