夏冰欢迎你!

Les Dong, Longsheng, Yangshuo... cette semaine vous pourrez découvrir les trois derniers articles de mon dernier voyage en Chine. Toutefois le blog n'est pas encore totalement achevé. Je ne peux pas terminer sans revenir sur les quelques enseignements que je retire de cette année consacrée à la Chine et aux Chinois. A très bientôt donc...
Xia Bing
Samedi 14 juin 2008
Le développement urbain de Shanghai a connu plusieurs étapes importantes. Je vous ai parlé de l'influence occidentale avec la construction du Bund sur la rive ouest du Huangpu. L'autre versant de cette installation, principalement franco-britannique, se trouve dans les anciennes concessions étrangères. J'ai pu me promener dans l'ancienne concession française, dont l'attraction majeure est actuellement la zone de Xintiandi, là "où hier rencontre demain" comme ils disent. Cette petite zone est très intéressante, pas uniquement pour son architecture, ses platanes et ses cafés qu'on verrait bien sur le boulevard Saint-Germain, mais surtout pour le symbole.


Xintiandi c'est le quartier le plus cher de Shanghai, la zone où les plus grandes fortunes se retrouvent. Mais historiquement, c'est également là que s'est tenue la première rencontre du Parti Communiste chinois le 23 juin 1921. L'histoire de la rénovation de ce quartier est intéressante, car les promoteurs hong-kongais qui y ont investi ont obtenu la permission de bâtir leur zone luxueuse en échange de l'ouverture d'un Musée du Premier Congrès du PCC sur le site original où se sont retrouvés les quinze premiers cadres du communisme chinois, dont un jeune nommé Mao Zedong. Comme c'est un musée du Parti, il est gratuit, mais le niveau de sécurité est ridiculement élevé. Une calligraphie de Jiang Zemin qui accueille les visiteurs est à méditer : "没有共产党就没有新中国" ("Il n'y aurait pas eu de Chine nouvelle s'il n'y avait pas eu le Parti Comuniste chinois"). Dans un tel quartier, c'est un peu ironique !


Les rues les plus intéressantes de la concession française conservent quelques exemples de lilong (le pendant shangaïen des siheyuan des hutong pékinois) et de shikumen (les grandes portes de brique rouge ou noire qui donnent accès à ces habitations). Un Musée des shikumen permet de revivre le Shanghai des années 1930 dans les concessions. Là encore, nous sommes à mi-chemin entre orient et occident de la première moitié du XXe siècle. Un peu plus loin se trouve l'ancienne résidence de Sun Yat-Sen, transformée en musée. Puis les bâtiments d'époque donnent un style unique aux rues de Shanghai, que ce soit dans la Ruilin Guesthouse qui nous transporte dans des décors de campagne anglo-saxonne, ou encore avec l'ancien cinéma du Cathay Theatre en photo ci-dessus. Dernier exemple ci-dessous avec la Möller House qui dénote dans le paysage de tours de Shanghai, mais il y a d'autres exemples d'architecture occidentale dans ces quartiers que je ne peux pas traiter plus longuement ici. Bref, c'est pas très chinois tout ça !


Ce qui m'a le plus amusé dans mes balades sous le soleil de plomb de Shanghai, c'est le contraste permanent dans cette ville dont l'urbanisme est plus réfléchi qu'à Pékin, mais sans atteindre l'homogénéïté des capitales européennes. Neuf et ancien se croisent donc dans les perspectives.



L'auberge de jeunesse géniale que l'on m'avait indiqué était située à quelques pas de la Place du Peuple, l'ancien champ de course du Shanghai du début du XXe siècle. Depuis, le pouvoir communiste est passé et a renommé la place de manière très classique. La ville y a installé son Grand opéra (construit par le cabinet du Français Jean-Marie Charpentier) et tous ces grands musées (ce qui est très pratique au passage). Je n'ai pas le temps de vous faire une visite détaillée. J'ai déjà évoqué le Musée du planning urbain qui m'a beaucoup plu, le Musée d'Art avec l'exposition sur 1968. Il y a également Musée d'Art contemporain (MoCA), dans un beau cadre de verdure, mais qui ne m'a pas bouleversé par son contenu. Enfin, le plus beau musée est le Musée de Shanghai, qui jusqu'à l'ouverture de celui de Pékin, déjà commenté sur ces pages, était le meilleur musée de Chine, avec de formidables collections de bronze, de porcelaine, de peintures, de calligraphie, de jade, de laques, de vêtements et folklore des minorités nationales, et d'art bouddhique. Mais ces sujets ont déjà été évoqués ailleurs. Le plus intéressant réside donc dans l'architecture unique du musée, qui rappelle une ancienne coiffe antique.


Le Musée de Shanghai, où passait la flamme olympique quelques heures avant ma visite.


Le Musée d'Art contemporain, dans son (petit) écrin de verdure en plein coeur de Shanghai.

Le quartier de la Place du Peuple est très vivant. Il donne sur la rue commerçante Nanjing Lu. Sa station de métro avec pas moins de vingt sorties différentes tout autour de la place vous donne une idée de la superficie. La place est suffisamment grande pour que l'on ne sente pas la masse humaine des Chinois que l'on rencontre habituellement un peu partout ! Quelques tours valent le détour !



Vue du nord de la Place du Peuple depuis le Tomorrow Square. Le bâtiment marron sur la gauche est le Park Hotel, qui a longtemps été le plus haut building de Shanghai, dans un style très nord-américain. Depuis, les bâtisseurs se sont bien rattrapés !


Ma tour préférée : le Tomorrow Square avec son architecture futuriste qui le propulse à plus de trois cents mètres de haut. Il est possible de monter gratuitement jusqu'au niveau où l'axe de la tour change pour admirer la vue de la Place du Peuple et de tout Puxi. Devant sur la photo se trouve le Grand Opéra.
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Vendredi 13 juin 2008
La région de Shanghai a été peuplée depuis des siècles, mais le site ne commence à prendre de l'importance qu'à partir de XVIe siècle, avec la création de remparts contre les raids de navigateurs japonais. C'est dans cette vieille ville que se trouve le Jardin Yu par exemple. Aujourd'hui, les remparts ont disparu, les traces réellement chinoises de cette zone qui n'aura jamais vraiment été investie par les étrangers sont menacées. Il reste encore quelques vieilles ruelles, mais elles seront sûrement remplacées par des tours de logements d'ici une prochaine visite à Shanghai dans quelques années...


Petite balade au coeur de la vieille ville...


Il reste quelques habitants, principalement des personnes âgées, car les jeunes préfèrent souvent les nouvelles tours de logement qui offrent beaucoup plus de confort...


Autre exemple dans un autre quartier, près de mon auberge de jeunesse, à l'ouest de la Place du Peuple.


On débouche inévitablement sur des contrastes architecturaux saisissants !

Au milieu du XIXe siècle, la population avoisine les 200 000 habitants. Puis c'est la fameuse humiliation que les puissances étrangères imposent à la Chine des Qing lors des Guerres de l'Opium. A Nankin en 1842, les négociateurs européens obtiennent l'ouverture de plusieurs ports à leur commerce international. Shanghai est l'un de ces ports, et Français et Britanniques créent leurs concessions, où les Chinois n'ont pas le droit d'accès. Puis avec les troubles que la région connaît dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les Chinois affluent en masse. La population de la ville grimpe. Déjà près de deux millions en 1920, les Shanghaïens sont deux fois plus nombreux vingt ans plus tard au moment de l'arrivée des Japonais. A l'image de l'Europe, une élite bourgeoise se développe au contact des étrangers, alors que la main d'oeuvre ouvrière est de plus en plus abondante, malgré les crises qui entraînent des taux de chômage records. C'est à cette époque que le Bund est construit, avec ses bâtiments très éloignés des temples de Confucius habituels !


Le bâtiment de l'administration des douanes.


L'ancien bâtiment de la Hong Kong & Shanghai Bank Company (HSBC).


Le Cathay Hotel (aujourd'hui Peace Hotel) et la Bank of China.


Les bâtiments du Nund sont désormais à l'ombre des tours de Puxi.


Au bout de la promenade sur les quais du Bund, le Mémorial des Héros de Shanghai dans le contexte de la lutte entre nationalistes et communistes...


Ils seront contents de savoir que leur lutte contre l'impérialisme et le capitalisme occidental n'a pas été vaine ! En effet, Pudong la moderne fait directement face au Bund.
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 12 juin 2008
Retour à Shanghai, avec une série d'articles chronologiques sur l'évolution architecturale de la nouvelle capitale économique chinoise. On a souvent en tête les nouveaux immeubles d'affaires, mais Shanghai propose en réalité plus de variété. Elle revendique d'ailleurs un rôle de carrefour entre quelques vestiges de la tradition chinoise et les influences occidentales qu'elle a connues, mais également un rôle d'intermédiaire entre la Chine dont elle espère être le nouveau centre (toutes les grandes rues ont le nom d'une ville ou d'une province chinoise) et le monde extérieur.


L'Oriental Pearl TV Tower, symbole du nouveau Shanghai.

Il faut commencer par rappeler l'histoire assez particulière de Shanghai. Rien de comparable avec Xi'an, Chengdu, Nankin, ou même Pékin, en termes de longévité, de patrimoine classique, puisque Shanghai est restée un simple port, certes très bien placé, parmi d'autres dans la région du Jiangnan, au sud du fleuve Yangzi. Ce n'est qu'à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle que la ville explose, grâce à l'installation des quartiers de concessions des puissances occidentales qui viennent de battre la Chine. Dans le même temps, la révolte des Taiping entraîne de nombreux habitants de l'arrière-pays vers la protection du port. La main d'oeuvre abondante est là, les marchands occidentaux apportent les moyens financiers, et la construction décolle grâce à une spéculation généralisée.


Vue de la ville vers le nord-ouest depuis le sommet de la Tour Jinmao.

Mais l'histoire de la montée en puissance de Shanghai n'est pas linéaire et simple. Après les années 1920 et 1930 marquées par les luttes de pouvoir entre les nationalistes du Guomindang et les communistes autour de Nankin et Shanghai, la ville a souffert de l'occupation japonaise à partir de 1937. C'est le Shanghai de Tintin et le Lotus bleu. Puis la Chine populaire, pour laquelle Shanghai est déjà un contre-modèle, tente de transformer à son tour la ville.


Puis une vue vers le sud-ouest. Comment ça c'est pollué ? Mais non...

Dans les années 1980, Shanghai profite du statut de ZES (zone économique spéciale, qui favorise l'implantation des entreprises étrangères) pour fonder de nouvelles ambitions, qui se concrétiseront dans le projet de la nouvelle zone de Pudong dans les années 1990-2000. Depuis, la ville est en révolution urbanistique. La municipalité a revu l'organisation de la ville que certains présentent comme la première ville du XXIe siècle. En 2010, Shanghai accueillera l'Exposition universelle, puis en 2020, l'objectif est de faire de Shanghai une capitale internationale arrivée à maturité. Toute cette planification est à l'honneur dans le très intéressant Musée du planning urbain sur la Place du Peuple. Je vous avais déjà parlé de la première ville 100% écologique en cours de construction sur une île au nord de Shanghai, mais tous les quartiers sont en chantier, alors que les réseaux de transports publics s'améliorent.


La gigantesque maquette du nouveau Shanghai, sur plus de 40m2, vu depuis l'est de Pudong.

Avant de devenir un carrefour international, Shanghai est un carrefour entre les courants architecturaux : à très bientôt pour le découvrir !
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Dimanche 8 juin 2008
Ce week-end en Chine, c'est Duanwujie (端午节), la commémoration de Qu Yuan, un poète du Royaume de Chu (centre de la Chine actuelle, autour de Changsha) qui, au IIIe siècle avant JC, s'est suicidé en voyant son pays défait. Ce bel exemple de patriotisme comme l'aime les Chinois fait l'objet d'un nouveau jour de congès, et donc d'une dernière opportunité de quitter Pékin avant les examens. J'ai donc fait un petit voyage que d'autres étduiants m'ont conseillé : une visite de Dandong, ville-frontière avec la mystérieuse Corée du Nord.


Le port de Dalian : mon train est arrivé à 5h30 du matin donc j'ai eu le temps d'aller voir l'arrivée de tous les ouvriers à 7h pétantes, mais je n'ai pas pu entrer dans le port lui-même...

J'ai commencé par Dalian, située dans la pointe de la péninsule du Liaoning, face à la Corée. Dalian est elle aussi une ville d'histoire, puisque l'un de ses quartiers portait le nom de Port-Arthur lors de la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Ceux qui ont préparé le concours de Sciences Po se souviennent de cette bataille, qui a vu le premier succès d'un pays asiatique sur une puissance occidentale dans l'histoire moderne. Les Chinois aiment beaucoup Dalian car la ville dispose d'un des meilleurs climats du pays, avec un été doux, loin des chaleurs continentales. La présence des Russes, des Japonais et des Coréens au cours de l'histoire a stimulé le développement de Dalian, qui est actuellement le troisième plus grand port du pays. Mais en dehors de l'aquarium géant et des plages trop froides en ce moment, la ville ne présentait pas de très grand intérêt touristique.


Dalian, ville riche et moderne, mais plutôt bien conçue et préservée.

En revanche, après des heures de train régional, je suis arrivé à Dandong ! C'était incroyable ! J'ai d'abord demandé au chauffeur de taxi de m'amener au pont qui relie la Chine à la Corée du Nord en enjambant la rivière Yalu. Puis, j'ai sympathisé avec lui, donc j'ai fait un tour un peu plus long, jusqu'au restaurant pour en savoir un peu plus sur sa condition de chauffeur de taxi (et surtout d'habitant de Dandong). Il m'a amené vingt kilomètres plus au nord, là où la rivière est la plus étroite. Cet endroit se trouve en réalité sous la muraille de Hushan, la "montagne du tigre". D'après le petit musée local, cette passe serait la véritable fin de la Muraille à l'est (on nous aurait donc menti à Shanhaiguan ?)... mais après tout la Grande Muraille a eu différents tracés à différentes époques. Toujours est-il que sous cette Muraille se trouve la frontière la plus "franchissable" avec la Corée du Nord !


La brumeuse Corée du Nord, à moins de dix mètres de moi !


Quelques paysans, "encore plus pauvres que nous" comme dit le chauffeur de taxi,
prisonniers dans leur paysage de brouillard et de désolation.



Un simple bras de rivière de cinq ou six mètres de large, un petit talus de deux mètres et un grillage, puis... le monde "non-libre" ! De là où j'étais situé, je pouvais voir assez clairement les paysans, travaillant à quelques dizaines de mètres. C'est assez impressionnant de penser que nous sommes géographiquement très proches à cet instant, mais tellement loin pour tout le reste. Il doit forcément y avoir beaucoup de passages clandestins, car les Chinois ont poussé le vice jusqu'à développer la rive de Dandong avec de grandes tours d'habitations modernes qui font directement face au vide et aux petites barraques vétustes côté nord-coréen. Il est impossible de contrôler une frontière si étroite en largeur 24h/24 sur une aussi grande longueur. Pourtant les Nord-Coréens savent que s'ils se font prendre, c'est une très lourde peine qui les attend pour trahison.


Le pont de droite étant détruit depuis près de soixante ans, il ne reste que celui de gauche
pour relier la Corée du Nord au monde extérieur par le train !


La Chine est pourtant le seul pays en contact régulier avec la Corée du Nord, et c'est à Dandong que passe le train Pékin-Pyongyang. Mais le pont ferroviaire qui relie les deux rives est très bien gardé, et on peut seulement le regarder depuis l'autre pont, dont la partie nord-coréenne a été définitivement détruite par le bombardement américain dans les années 1950 ! Et c'est ça qui est fou : depuis cinquante-cing ans, les habitants de Dandong voient tous les jours la rive opposée, et ils n'y sont jamais allé ! Dans la famille de mon chauffeur de taxi, seuls les grands-parents ont franchi la rivière, avant la guerre de Corée !


Et toi, le "laowai" avec l'appareil photo, on t'a vu, 'essaye pas de franchir la rivière !

Il faut peut-être avoir vécu la situation pour comprendre ce que j'ai ressenti. C'est comme s'il y avait une fin, un mur infranchissable. Habituellement, on peut se déplacer dans toutes les directions, ici il y en a une qui est inaccessible ! Et pourtant, on voit qu'il y a des gens, des habitations, de l'activité, on voit les ruines des ponts, c'est tout proche, mais on ne peut pas y aller ! Passer tout sa vie dans une ville comme cela doit rendre fou, surtout lorsqu'on est côté nord-coréen. C'est une sorte de monde en deux dimensions : la 3D existe, mais on ne peut pas se déplacer sur ce troisième axe, on est bloqué ! C'est comme le fruit défendu, on n'a qu'une envie, c'est de franchir la rivière ! Ce sera pour une autre fois !


Ce pont a aussi été détruit, zut je ne peux pas passer par là non plus...

C'est d'autant plus curieux côté chinois que la Chine se proclame, à juste titre, comme la plus grande (et la seule) amie du peuple et du régime de Corée du Nord. Un petit tour au musée de la guerre de Corée suffit à nous en convaincre. Rien que le nom suffit pour resituer le contexte : "Musée de la Résistance à l'agression des Etats-Unis et de l'Aide à la Corée du Nord". Pour le reste, c'est une longue apologie des 2,3 millions de "Volontaires" chinois qui sont allés aider leurs voisins face aux méchants impérialistes, qui malgré l'usage de leurs armes bactériologiques, n'ont pas pu vaincre la fière armée sino-coréenne. Outre l'utilisation qui me semble toujours aussi bizarre du "我国" ("mon pays") pour désigner la Chine dans les textes officiels et dans la presse, il y a quelques perles dans les commentaires, comme dans la salle qui rassemble les procédures d'éducation au "patriotisme" et à la "haine" vis-à-vis des Américains, ou dans celle qui montre la propagande sino-coréenne, en anglais, afin de miner le moral des troupes adverses.


Des prisonniers américains qui ont demandé "by themselves" (d'après la légende de la photo) le retrait des troupes US de Corée et de Taiwan (au passage, on en profite...).


Pour terminer sur une note joyeuse, quelques "splendid military achievements" de l'aviation chinoise avec la destruction de plusieurs avions américains !
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 5 juin 2008
L'un des moments marquants de ce voyage à Shanghai, et peut-être de cette année en général, fut ma rencontre avec un travailleur migrant dans le train Shanghai-Hangzhou. On parle souvent de ces situations incroyables d'exode rural des paysans pauvres vers les emplois non qualifiés disponibles en bordure des grandes villes du littoral, mais pouvoir les approcher en vrai change notre rapport à ces réalités, qu'on ne saurait ignorer dans une présentation objective de la Chine de 2008.

Au quatrième jour de mon voyage, je souhaitais voir Hangzhou et son Lac de l'Est. J'arrive à la gare à 7h50, achète le premier billet disponible : 8h08 (petit symbole numérologique ;-)). Pas de petit déjeuner, une nuit courte, la cavalcade dans la gare pour attraper le train... Evidemment il est trop rempli, je n'ai pas de place assise pour les 2h30 de trajet. Comme pour le voyage à Suzhou, je reste donc dans l'espace entre deux wagons, à proximité des toilettes et de la zone fumeur, puisque je n'ai pas le choix. Deux hommes sont dans la même situation. Le premier a la quarantaine, avec un fort accent du sud et la clope au bec. Le second porte une chemise claire et lit le journal.
Au bout d'une demi-heure debout, je m'assois à même le sol. Le deuxième passager me tend deux feuillets du journal pour que je ne salisse pas mon short, et entendant mon remerciement en chinois, il entame la conversation. Je sens que cela va être dur, car même s'il parle très clairement, il y a le bruit incessant des rails et un peu de vocabulaire que je ne comprends pas. Les deux heures de trajet vont être longues ! Mais il continue à me demander qui je suis, d'où je viens, pourquoi je voyage seul cette fois-ci, quels sont les endroits de Chine que j'ai visités, pourquoi je veux voir Hangzhou etc. Par politesse plus que par intérêt, je lui retourne les questions. Il vient de la province du Henan, il a grandi dans un village de la région de Kaifeng, à un peu moins de mille kilomètres au sud de Pékin. Il voyage seul lui aussi. Il n'a jamais été à l'étranger, mais nous avons été dans beaucoup d'endroits communs en Chine, comme Harbin, Nankin, Pékin et bien sûr Shanghai. Il me dit n'avoir aimé aucun de ces endroits. Je le trouve un peu difficile. Cela m'étonne car peu de Chinois critiquent leur patrimoine devant un étranger, et je lui souhaite donc d'apprécier ce fameux Lac de l'Ouest à Hangzhou.

La conversation change alors totalement, et je réalise mon erreur de jugement. Il ne vient pas à Hangzhou pour voyager, mais pour travailler. Il commence à m'expliquer sa situation, aiguillé par mes questions de plus en plus intéressées. Comme je le disais, il a grandi dans un village de fermiers du Henan. Il n'a pas été à l'université. Il a désormais 34 ans, il est marié et a une petite fille de six ans. Depuis deux ans, il a quitté son village et sa famille pour travailler dans les villes, sur des chantiers, dans des petits magasins et autres travaux pénibles et instables. Je comprends mieux pourquoi il n'a pas apprécié plus que cela toutes les villes visitées, car elles sont associées à de mauvaises expériences de travail. Il est retourné quelques jours dans son village natal en février, pour le Nouvel An chinois. Il ne reverra pas ses proches avant... février l'an prochain ! Entre temps, il envoie chaque mois un chèque aussi important que possible à sa famille, pour assurer les études de sa fille et l'alimentation des parents. J'hésite d'abord à lui poser la question, puis finalement, j'apprends qu'il gagne entre 1000 et 1200 yuan par mois (100€). Il essaye d'en envoyer la moitié à la famille et garde le reste pour vivre. Son salaire a certes augmenté un peu depuis deux ans, mais les prix montent et Shanghai ou Pékin sont des villes trop chères pour lui. Il n'a aucune possession matérielle, et voyage avec deux simples sacs de vêtements et ses papiers.
Inquiet pour la survie du village, j'apprends que tous les hommes valides sont dans sa situation, des travailleurs migrants aux quatre coins du pays. Il ne reste que les grands-parents, les femmes et les enfants au village. Et s'il y a un problème de sécurité ? "Il n'y a pas de problème", il s'en assure dès que possible par téléphone, seul moyen de communication car ni lui ni le village n'ont accès à Internet. Pourtant, il n'a pas dit à sa femme qu'il quittait Shanghai pour tenter sa chance à Hangzhou. Il ne veut pas l'inquiéter. Il espère retourner vivre chez lui bien sûr, ou faire venir sa famille, mais c'est au-delà de ses moyens. Le plus important est d'assurer les études de sa fille, qu'elle s'en sorte. Le sacrifice parental aura alors eu un sens. Elle ne sait pas encore ce qu'elle veut faire, mais il a confiance. C'est une fille, donc elle est plus sérieuse à l'école.

Je suis particulièrement impressionné par sa bonne présentation, loin du stéréotype du mingong sale et inquiétant que l'on voit habituellement. Je n'aurais jamais pu penser qu'il avait cette vie peu enviable. Il m'envie un peu d'ailleurs, c'est normal. Combien m'a coûté ce voyage à Shanghai ? Il le sait, ce n'est pas la peine de lui mentir, j'ai déboursé l'équivalent d'au moins un mois de son salaire. Voyager, c'est important, pour voir autre chose, pour comprendre. Il aimerait venir un jour en France. Comme tous les Chinois, il a lu et entendu que c'était un pays "romantique. Il est lucide toutefois, il n'aura probablement jamais les moyens de voyager hors de Chine. Difficile d'être plus optimiste que lui, même quand on est un peu idéaliste par nature comme moi.
Quel gâchis ! D'autant qu'il est "cultivé", au moins autant que la plupart de ces compatriotes. Il lit le journal sans souci, il connaît "De Gaole", "Chilake" et "Sakeqi". Zidane aussi bien sûr, même s'il n'aime pas vraiment le foot. Combien gagnent les Français ? Entre dix et vingt fois son salaire en moyenne, mais j'essaye de lui expliquer que le niveau des prix est plus élevé qu'en Chine. Au fait, n'est-ce pas en France qu'il y a eu des problèmes récemment ? Et oui, Paris, le 7 avril, la flamme... On y revient toujours. Mais il m'écoute, contrairement à beaucoup d'autres : le Tibet, le Parti communiste chinois, le contrôle des médias chinois, mais aussi le traitement partial des médias français, les stratégies de politique nationale française qui ont un impact inimaginable en Chine et nourrissent l'incompréhension réciproque. Il est fier que son pays organise les Jeux Olympiques, il a même été regarder le défilé de la flamme dans les rues de Shanghai la veille, mais il est moins primaire dans son affirmation du rêve national chinois, peut-être parce qu'il en est lui-même un peu exclu.

Comment les choses pourraient-elles s'améliorer pour lui, pour tous les autres ? Ils sont deux cents millions au bas mot dans ce cas-là, soit l'ensemble des populations française, allemande et britannique réunies ! Il est peu probable que ce soit les migrants eux-mêmes qui arrivent à changer quelque chose, d'abord parce qu'ils ne peuvent de toute façon pas, et aussi parce qu'ils n'ont pas vraiment intérêt à titre individuel. Leur salaire augmente progressivement à mesure que la Chine se développe. Certes les patrons véreux s'en mettent plein les poches, certes les inégalités se creusent... mais le plus important reste le repas du soir et l'enveloppe à destination de la famille. L'espoir peut venir du reste de la société, de ceux à qui le système profite énormément. Les migrants comme je l'avais déjà dit il y a quelques semaines posent des problèmes de sécurité, d'hygiène et de qualité du travail. Les plus aisés ont intérêt à les aider, pour la stabilité du pays. Mais cela demanderait l'affirmation d'une conscience collective, et aussi étrange que cela puisse paraître dans une société où le "peuple" et son unité sont mises en avant toutes les cinq minutes, l'individualisme a pris le dessus pour le moment. Dans sa logique, mon ami peut espérer compter sur la réussite future de sa fille, mais la Chine n'est pas une exception sur le plan de l'égalité des chances. Sans les réseaux, une fille de fermiers déconnectée du monde n'a aucune chance de rejoindre les fils et filles de profs ou de commerçants sur les bancs des grandes universités.

Cette rencontre privilégiée était un peu inespérée : deux heures en tête-à-tête avec un représentant du revers de la médaille du développement chinois. Je savais déjà la plupart des éléments de cet article, mais maintenant je l'ai vu, je l'ai entendu en détail, et je ne peux plus faire comme si ces vies de misère étaient des rumeurs ou des exagérations, destiné à assombrir injustement le succès flamboyant des nouvelles tours de Pudong.
Je sais que l'avenir sera dur pour lui et sa famille. Je ne le reverrai probablement jamais, vu qu'il n'a ni téléphone portable ni adresse e-mail. Mes derniers mots étaient un simple "jia you" (bon courage) adressé avec le plus de conviction possible. Bon vent, bon courage !
Par Valentin Chaput - Publié dans : Contrastes
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 3 juin 2008
Bienvenue à Hangzhou (杭州), la destination touristique numéro un en Chine. Ah bon ! ce n'est pas Pékin, Xi'an ou Shanghai ? Et non ! Hangzhou, capitale de la province du Zhejiang accueille chaque année plus de cinquante millions de touristes (Chinois à plus de 95%). Si l'on tenait compte du tourisme intérieur, Hangzhou taquinerait donc Paris en tête du classement de la ville la plus visitée dans le monde ! Car Hangzhou et sa voisine Suzhou jouissent d'une réputation de paradis terrestre, comme le montre un proverbe étudié en cours : "上有天堂,下有苏杭"  ("Au-dessus il y a le Ciel, sur Terre il y a Suzhou et Hangzhou"). C'est à son vaste Lac de l'Ouest (西湖) que la ville doit sa rénommée. Le lac mesure environ quinze kilomètres de périmètre, et il servit de modèle à de nombreux autres lacs du pays, à commencer par celui du Palais d'été de Pékin.


Un temps lourd et brumeux...


Il paraît que la brume est le meilleur temps pour apprécier le lac (si je voulais être méchant, je dirais que c'est pour éviter de voir les immeubles modernes de la rive est, mais bon...), dans ce cas, je dois dire que j'ai eu de la "chance" d'avoir ce temps lourd et brumeux pour ma visite ! Il faut reconnaître que le site est très préservé, ce qui n'est pas fréquent en Chine. La ville moderne est restée à l'écart, les petits bâteaux de tourisme sont nombreux mais s'intègrent bien au décor, et le site est suffisamment grand pour ne pas paraître aussi surchagé que les autres.


Le site est assailli par les touristes, mais il est tellement grand qu'on arrive à les éviter !


La nouvelle pagode du Pic du Tonnerre.

L'évocation du lac renvoit à la légende de Bai Suzhen et Xu Xian, l'une des grandes histoires d'amour de l'opéra chinois. Bai Suzhen est à la base une serpente blanche (je ne sais pas si cela marche vraiment au féminin mais je l'ai lu). En voyageant à Hangzhou avec une autre créature magique, serpente verte, elle rencontre Xu Xian, un lettré. Ils tombent follement amoureux l'un de l'autre. Bai Suzhen, sous forme humaine, l'épouse. Mais le moine Fa Hai, qui a perçé à jour la nature démoniaque de la seprente blanche, la piège et l'empoisonne. Bai Suzhen et Xu Xian sont séparés, le deuxième tombe malade puis décide de se retirer dans un monastère. Toutefois, il croise Bai Suzhen sur le Pont Brisé, au nord du lac, et apprend qu'il va dveenir père. Fa Hai pourchasse toujours la seprente blanche, et l'emprisonne cette fois-ci dans une pagode du Pic du Tonnerre. Serpente verte demande l'appui des Dieux pour combattre Fa Hai et libérer Bai Suzhen. La pagode est alors détruite, et le conte se finit bien. C'est à la fin des années 1990 que l'armée a décidé de reconstruire une pagode sur le même site. Ils en ont profité pour équiper le site d'ascenseurs internes, de décorations kitsch et le tout ressemble plus à un parc d'attraction qu'à un monument historique restauré. Mais l'histoire demeure...


Un des autres symboles forts du site est le restaurant Lou Wai Lou, qui existe depuis cent-soixante ans ! Je me suis dit qu'il fallait absolument profiter de ma présence pour goûter leur fameux plat de crevettes aux feuilles de thé du puit du dragon (Longjing, le thé typique de Hangzhou), avec une petite bière à la pluie verte du Lac de l'Ouest ! C'était un peu cher, mais très bon et finalement très nourrissant !



Comme pour Suzhou, le décollage de Hangzhou date de la création de Grand Canal, qui relie ces villes à celles du nord et du nord-ouest sous les Tang. Le lac est amenagé, avec notamment la création d'une digue pour éviter les inondations. Le poète Bai Juyi a laissé son nom à cette digue. C'est l'homme influent de l'époque, puisqu'il devient gouverneur de la province au IXe siècle et il a laissé une trace impérissable dans la mémoire de la région.
 
La suite vous est déjà plus familière. Après la décadence de leur dynastie et leur défaite face aux Jürchen, les Song se replient  au sud, et font de Hangzhou leur capitale. Au XIIIe siècle, Hangzhou compte plus d'un million d'habitants, ce qui en fait la ville la plus peuplée du monde à l'époque. Hangzhou devient un centre culturel florissant et un grand port commercial.
 
Sous la dynastie Yuan, Hangzhou perd son statut de capitale, mais reste attractive. La ville impressionnera beaucoup un certain Marco Polo à la fin du XIIIe siècle. Les Ming et les Qing seront moins attachés à cette ville, qui sera détruite en quasi totalité par la révolte des Taiping à la fin du XIXe siècle, puis par la Révolution culturelle dans les années 1960-1970. Aujourd'hui, il ne reste donc que le Lac de l'Ouest, quintessence de leur culture et de leurs paysages selon les Chinois, à apprécier :


Un petit poème de Bai Juyi consacré au lac pour finir (traduction tirée de l'Anthologie de la littérature chinoise classique de jacques Pimpaneau) :

    Sur le lac au printemps, de Bai Juyi (824).
   
Ce lac, à la venue du printemps, ressemble à une peinture,
    Des hauteurs en désordre entourent la surface de l'eau,
    Des pins couvrent les pentes des collines : mille rangées d'émeraudes,
    La lune dessine un point au milieu des vagues : perle unique,
    Un tapis bleuté fait de bouts de fil : le riz précoce qui sort,
    Une ceinture de jupe en soie verte : les nouveaux roseaux qui s'étendent.
    Je ne parviens pas à abandonner Hangzhou,
    La moitié du harpon qui me retient est ce lac.


Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Dimanche 1 juin 2008
Nous avions ce projet de dormir sur la Muraille depuis le début de l'année, puis nous l'avions reporté plusieurs fois pour cause de mauvais temps ou incompatibilités d'emplois du temps. Vendredi soir était la dernière possibilité pour nous, et je regrette que certains n'aient pas pu se joindre à nous (Jérémie, Vincent, Mathilde, Damien et Jean...). Nous étions quand même dix au départ. Direction Huanghua Cheng (黄花城), une super adresse ! Tout ne s'est pas passé exactement comme prévu, puisqu'au lieu de partir à 17h pour arriver au coucher de soleil vers 20h, nous n'avons eu un bus qu'à 18h15 et nous sommes arrivés à Huairou à 20h, avec encore une bonne heure de route pour atteindre notre but. Nous avons donc pris un taxi-fourgonnette dans des conditions épiques (onze personnes au total, neuf à l'arrière !). Une fois arrivés sur place, les respondables du site nous refusaient l'accès... normal vu qu'il était 22h et que l'on avait que le beau ciel étoilé à contempler. Mais à force de "persuasion", nous avons atteint une zone dégagée sous le mur, pour faire notre petit repas du soir (à minuit) et dormir quelques heures directement sur les cailloux. Malgré la température plus fraîche que prévue et cette installation de fortune, nous avons dormi ! Pas longtemps toutefois, car le soleil se lève autour de 4h à Pékin ! L'ascension de la Muraille a donc pu commencer à l'aube... la suite en images :




Voici un petit montage avec plus de photos de cette aventure (désolé pour la mauvaise qualité des images, la compression du montage pour le Web n'a pas été optimale) :


Et en grand format, des vues du sommet avec la Muraille qui serpente sans fin :



Par Valentin Chaput - Publié dans : Pékin
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Samedi 31 mai 2008
Le lendemain de la visite du Yuyuan de Shanghai, je suis allé dans la ville de Suzhou (苏州), à une heure de train de Shanghai. Je n'ai pas changé de registre, car Suzhou possède selon les Chinois les plus beaux jardins du pays, abrités par les murs des anciennes résidences des riches mandarins et des artistes célèbres. Suzhou doit son essor à la soie que l'on y produit depuis les Tang. Suzhou est une sorte de prolongement de la Route de la Soie dans le sens inverse, toujours en direction de Xi'an. Suzhou et Hangzhou sont reliées au nord et à l'ouest du pays par le Grand Canal créé au VIe siècle afin de développer la circulation des marchandises. La ville possédait déjà un intense réseau de petits canaux pour la navigation à l'intérieur des remparts, ce qui value à Suzhou le titre de "Venise de l'Orient"  pour Marco Polo.


Suzhou, ville d'eau et de jardins...


Vous vous souvenez de la défaite des Song au XIIe siècle face aux Jürchen, qui contraint cette dynastie chinoise à se replier au sud, autour de Hangzhou. Jusqu'aux Ming, Suzhou profite de l'âge d'or de toute cette région. Les plus riches sont fascinés par cette ville d'eau, idéale pour installer une résidence secondaire. Les meilleurs artistes et créateurs de jardins sont alors réquisitionnés pour embellir ces petits palais. Aujourd'hui, Suzhou est devenue une ville moderne de plus de six millions d'habitants, sans autre distinction que les jardins et palais restants.


Le "Jardin du Gouvernement Pépère" comme le surnomme un Français qui partageait mon dortoir à Shanghai.

J'ai débuté mes visites par le plus grand jardin de Suzhou, dont le nom 拙政园 peut être traduit par "Jardin du Politique Humble". Il a fallu seize ans pour aménager ces cinq hectares au début du XVIe siècle. L'eau et la terre se partagent équitablement l'espace, parsemé de petits bâtiments et de pontons qui offrent de belles perspectives.


Les créateurs de jardins chinois étaient également adeptes des paysages miniatures avec roches et petits arbres.


Ensuite, je suis allé plus au sud de la ville, jusqu'au Jardin du Maître des Filets (网师园). Ce jardin est plus ancien (XIIe siècle), mais également beaucoup plus réduit en superficie, puisqu'il est inclus à l'intérieur de la résidence de son créateur. Malgré sa petite taille, le jardin contient un petit étang entouré d'arbres, de galeries et de pavillons. Comme par magie, il faisait bon à l'intérieur des jardins, alors que la chaleur était écrasante dans les rues de Suzhou.
 
Le Jardin du Maître des Filets, considéré comme le plus harmonieux.


A quelques centaines de mètres du Jardin du Maître des Filets se trouve le Pavillon des Vagues Azurées (苍浪亭), qui, contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, est centré sur la terre et non l'eau, puisque l'attrait de ce jardin est le petit pavillon situé au sommet de la colline centrale, qui offre une belle vue sur la nature sauvage et les longues galeries couvertes qui font le tour du site.


Le parc du Pavillon des Collines Azurées.


Enfin, j'ai terminé ma visite par la Forêt des Rochers en Forme de Lion (狮子林). Ce parc du XIVe siècle est très impressionnant et son décor repose principalement sur des rochers aux formes chaotiques, qui forment un véritable labyrinthe minéral dans lequel il n'est pas toujours évident de trouver son chemin. La visite est donc très ludique !


Dans ce dédale de rochers déchiquetés, voici celui qui pouvait justifier le nom félin du jardin...


Prochaine étape dans une autre grande destination touristique chinoise : Hangzhou !


Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Jeudi 29 mai 2008
Je commence mon petit compte-rendu de Shanghai par ce qui est à la fois le plus chinois et le plus ancien : le jardin Yu, dans la vieille ville. Ce jardin est également le première site que je suis allé voir à Shanghai, sous un soleil de plomb. Shanghai est traversée par le fleuve Huangpu, la rive est contient les nouveaux quartiers d'affaires, et l'ouest abrite les anciennes concessions étrangères. Plus au sud sur la rive ouest se trouvent les restes de l'ancienne ville chinoise, qui a aujourd'hui laissé la place à des tours d'habitation principalement. Il reste quelques vieilles ruelles plus ou moins délabrées, et au sein de ces vieux quartiers, on découvre ce jardin, le Yuyuan.


La maison de thé Hu Xing Ting.


Le pont pour y accéder.


Le bâtiment le plus célèbre du site est en réalité juste en dehors du jardin. Il s'agit de la maison de thé Hu Xing Ting, à laquelle on accède par un pont formé de neuf zigzags. Une fois à l'intérieur du jardin, l'agitation de la ville s'éloigne d'un coup, les arbres protègent de la chaleur, l'ambiance est beaucoup plus relaxante. Le jardin date de la deuxième moitié du XVIe siècle, et illustre la maîtrise des Chinois dans la création de ces jardins classiques.


Tout a une fonction particulière dans les jardins chinois...


... depuis les plantes, très variées...


... jusqu'aux décorations murales.

Il faut savoir que les jardins chinois laissent peu de place au hasard de la nature, malgré leur style qui peut nous paraître désordonné et broussailleux en comparaison des jardins à la française auxquels nous sommes habitués. Ici chaque élément a une fonction particulière, et respecte les règles de la géomancie chinoise. Les jardins étaient souvent créés de toutes pièces, avec l'aménagement de points d'eau artificiels et l'agencement de rochers alambiqués. Un jardin équilibré doit respecter cette harmonie entre le yin (symbolisé par l'eau, shui) et le yang (représenté par la roche, shan), sans oublier l'importance de la végétation, souvent très disparate, et l'existence de multiples pavillons, pagodes ou terrasses d'observation.


Le savant équilibre entre constructions...


... et reconstitution d'une nature sublimée.


Le tout dans un espace très restreint au final !


Le paysage parfait d'un shanshui (山水) ne se laisse pas apprivoiser au premier coup d'oeil. Je confirme qu'ils sont diablement bien conçus, avec des recoins et des points de vue infinis et insoupçonnés. Le regard du lettré qui fréquente souvent un jardin pour la promenade ou l'étude ne doit jamais être lassé, il ne doit jamais avoir l'impression de revoir ce qu'il a déjà vu. Bref, le jardin chinois vise à rassembler dans un même lieu forêts, montagnes, lacs et constructions humaines, comme un petit monde en miniature, qui nous donne l'impression de voyager sans bouger de chez soi. Le jardin Yu atteint parfaitement cet objectif...


Prochaine étape à Suzhou, dans les jardins les plus célèbres du pays !
Par Valentin Chaput - Publié dans : Voyages
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 28 mai 2008

Cela commence bien : le "68" est en partie caché par le dessin d'une ancienne pièce de monnaie chinoise...

J'ai cru comprendre à la lecture de quelques journaux en ligne que partisans et opposants avaient abondamment commémoré le quarantenaire de Mai 68 ce mois-ci. Au-delà des frontières hexagonales, l'année 1968 a eu un impact important sur les conditions de vie et les modes de pensée en Occident. La Chine n'a pas connu de mouvement analogue en 1968. Pourquoi les jeunesses chinoises sont-elles restées à l'écart ? Je n'avais pas vraiment fait le lien chronologique entre 1968 et le contexte chinois de l'époque. Puis à Shanghai, j'ai vu le panneau du Musée d'Art, à quelques pas de mon auberge de jeunesse : "1968, 年青叙事 - Youth chronicles". Les récits de la jeunesse chinoise de 68, ça doit être intéressant ! J'étais déjà en train de chercher un jeu de mots pour conjuguer "Sous les pavés..." avec la Chine...


Les jeunes chinois en 1968...

Mais j'oubliais qu'en Chine en 1968, c'était la Révolution Culturelle... pas exactement le même contexte ! En mai 1966, Mao Zedong, affaibli par les résultats dévastateurs du "Grand Bond en Avant" de 1958, en froid avec ses seuls vrais alliés soviétiques, tente de rejeter la faute sur ceux qui commencent à s'opposer à sa politique. Contesté au sein même du PCC, Mao incite le peuple, et notamment les jeunes générations fédérées au sein des groupes de "gardes rouges", à soutenir ce qui ressemble à une purge généralisée du système. Les "révisionnistes", les intellectuels, les bureaucrates sont mis au ban de la société pour leur comportement réactionnaire. Les "vieilleries" traditionnelles comme le bouddhisme par exemple, sont remises en cause. Les temples sont détruits, les livres sont confisqués, les étudiants sont envoyés en "rééducation" dans les campagnes socialistes, afin de créer le nouvel homme chinois, basé sur les préceptes du fameux Petit Livre rouge du Grand Timonier. Le culte autour de la personnalité de Mao est à son comble. Ces années de terreur comprennent plusieurs phases répressives plus ou moins intenses, et ne s'achevèrent véritablement qu'à la mort de Mao et l'arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping en 1976.


... et les moins jeunes.

Au final, les historiens parlent du bilan considérable de dix à vingt millions de morts pour cette période (Le livre noir du communisme). Ceux qui ont survécu témoignent du traitement qu'ils ont connu à l'époque (je vous ai déjà parlé des romans Balzac et la petite tailleuse chinoise et Le Totem du Loup, ou du film Adieu ma concubine). Un professeur nous a également raconté sa période de rééducation à Harbin entre 14 et 22 ans. La Révolution Culturelle est aujourd'hui officiellement condamnée par le régime et les élèves chinois l'étudient comme la grande erreur du maoïsme. Cette exposition présentait les oeuvres, presque toutes très récentes, d'artistes chinois ayant connu la Révolution Culturelle dans leur jeunesse. De ces expériences, il leur reste donc des images particulièrement marquées par le réalisme socialiste : des paysans sous la neige, des ouvriers heureux de travailler pour le développement de leur grand pays, des vieillards qui affichent leurs écussons avec le portrait de Mao. Tout cela m'a un peu laissé sur ma faim, car il n'y a pas vraiment de commentaires sur le thème de l'exposition, c'est-à-dire les jeunes chinois en 1968, mais le clin d'oeil m'a amusé.


Quel contraste entre la Chine d'il y a quarante ans et Shanghai aujourd'hui, comme l'illustre cette photo de l'affiche de l'exposition avec un bâtiment au nom évocateur en arrière-plan : Capitaland !
Par Valentin Chaput - Publié dans : Histoire(s)
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander

Publicité

Présentation

Cher internaute, bienvenue sur mon nouveau blog !

Photo-Val-r-duite.gif
Pour ceux qui ne connaissaient pas mon premier blog, je me présente une nouvelle fois. Je m'appelle Valentin Chaput, ou Xia Bing (夏冰 : "glace de l'été") en Chinois. J'ai 20 ans, et dans le cadre de ma troisième année à Sciences Po Paris, j'ai la chance d'étudier le mandarin à Pékin pendant un an. J'étudie à l'université de langues étrangères de Pékin, la Beijing Foreign Studies University (BFSU), aussi connue en Chine sous le nom de BeiWai, abbréviation de Beijing Waiguoyu Daxue (北京外国语大学).

Logo-BFSU.jpg
Vous trouverez sur ce blog la suite du premier : des commentaires réguliers sur ma vie pékinoise, des photos de mes voyages et des dossiers thématiques pour découvrir à mes côtés la richesse de la civilisation chinoise. J'espère que vous prendrez du plaisir à parcourir ce blog, et que vous y  apprendrez beaucoup sur Pékin et la Chine d'aujourd'hui.

Bonne lecture à toutes et tous !

***

J'ai ouvert mon premier blog il y a désormais six mois. Vous pouvez le retrouver grâce à ce lien :

Merci d'être toujours aussi nombreux à le consulter. Malgré la distance et vos activités professionnelles ou universitaires très prenantes, vous prenez le temps de faire régulièrement un tour sur mon blog. Plus de 50 000 pages vues jusqu'à présent ! Une fois de plus, je vous remercie de votre intérêt, de votre confiance et de la publicité que vous faites autour de mon blog auprès de vos connaissances qui s'intéressent à l'Empire du milieu. J'espère vous retrouver parmi mes lecteurs pour le reste de cette année d'aventure ! Je tâcherai d'améliorer encore le blog à l'avenir !

谢谢

夏冰
anti_bug

Derniers Commentaires

Créer un Blog

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus