夏冰欢迎你!
Xia Bing
Quelques heures après mon retour à Paris, je ne réalise pas vraiment que j'étais, il y a quelques jours encore, dans l'aventure de ces JO de Pékin que je continue de suivre à la télévision. Tout le monde sur place reconnaît que cet événement a été parfaitement organisé, et se déroule jusqu'à présent sans accroc. Peut-être est-il trop bien planifié, et, pour avoir vécu les Jeux de l'intérieur, je trouve qu'il manque un peu de passion, de communion entre les spectateurs du monde entier venus assister à cette compétition. En revanche, les Chinois, ou en tout as les Pékinois, profitent de leurs Jeux. J'étais content de voir que malgré le système très compliqué de billeterie, beaucoup de Chinois, et pas uniquement les plus aisés, ont pu venir voir des épreuves, puisque les tickets sont très peu chers par rapport aux autres Olympiades. Avant de vous raconter ce que j'ai vu moi-même, je voulais mettre quelques photos de ces millions de Chinois qui sont conscients de vivre un moment extraordinaire dans l'histoire de leur pays.
La passion olympique commence au berceau...
et ne s'arrête pas avec l'âge, comme le montre ce brave homme avec sa fausse torche créative !
Sur le stand Samsung de l'Olympic Green, les Chinois peuvent se faire photographier avec une réplique de la torche olympique... Une attraction qui a du succès !
Le voyage d'été dans le sud-est de la Chine s'est terminé il y a quelques jours. Nous avons encore des images plein la tête ! Nous avons vu des paysages et des populations très variées.
Voyager en Chine s'est révélé au final d'une grande simplicité. Il existe toujours des trains ou bus pour aller d'un point à un autre, et en cas de retard, il est toujours possible d'affréter un
mini-van pour une excursion, même pour une journée. Cette année, JO et séisme obligent, les touristes sont relativement rares, ce qui était plutôt appréciable pour nous ! Le voyageur le plus
célèbre de l'histoire de Chine est probablement Xu Xiake, un aventurier bouddhiste du début du XVIIe siècle, qui a passé sa vie à parcourir la Chine, et notamment ses montagnes. Il a notamment
beaucoup voyagé dans le sud, et une partie de notre voyage était en fait la poursuite de ses pas ! Pour éviter le phénomène du voyage d'hiver dont la moitié des articles ne sont pas encore mis en
ligne six mois après le voyage lui-même, je commence par un bilan relativement détaillé et imagé de nos trois semaines d'aventure !
29 juin : Nous quittons Pékin après quelques jours déprimants partagés entre les valises et les adieux sous un climat exceptionnellement mauvais pour Pékin à cette saison ! Les vacances sont donc
les bienvenues !
30 juin : Après 21 heures de train avec Cécile et Raphaël, nous retrouvons Clara et Jérémie à Yichang, un port fluvial sur le Yangzi, dans le Hubei au centre du pays. En dehors des déserts, c'est la zone la plus chaude de Chine en été : la chaleur et l'humidité sont littéralement écrasantes ! Notre premier objectif était le Barrage des Trois Gorges, situé à une quarantaine de kilomètres en amont. Près de cent mètres de hauteur, 2,4 kms de longueur, c'est le plus grand barrage dans le monde. Un projet pharaonique, planifié depuis plusieurs générations par les décideurs politiques qui souhaitaient contrôler le cours tumultueux du Yangzi, le troisième fleuve du monde par la longueur. Ses crues ont toujours causé de gros dégâts matériels et humains. Par conséquent, le gouvernement a choisi de déplacer plusieurs centaines de milliers de personnes en amont, pour éviter les catastrophes en aval. Cette région de villes-fantômes amenées à être ensevelies par la montée du Yangzi en amont du barrage est le sujet du film Still Life dont j'ai déjà parlé sur le blog. Le manque de temps nous a empêché de rester plus longtemps dans la région. Nous avons dormi à Xiangfan, une première ville-étape sur la route du Mont Wudang.
1er juillet : Nous arrivons au Wudang Shan, un nom que doivent connaître les adeptes de kung-fu, car le Wudang est, avec Shaolin, l'un des deux foyers des arts martiaux chinois. Dans le cas de
Wudang, il s'agit d'une montagne sacrée du taoïsme, et malgré le mauvais temps qui nous accueille, les forêts et les montagnes du site sont impressionnants !
2 juillet : le temps a totalement changé, il fait désormais très beau. Nous partons à l'assaut du temple principal, situé au sommet. Les paysages sont grandioses, mais en contrepartie, les
escaliers sont interminables !
3 juillet : Après une nuit de train en lutte avec les moustiques, nous arrivons à Wuhan, la capitale du Hubei. C'est une ville très intéressante qui nous a beaucoup plu. Ce fut une demi-surprise,
car elle a la réputation d'être invivable en été. La construction de la ville est assez unique : en réalité Wu-han est la réunion des trois villes de Wuchang, Hankou et Hanyang, qui à l'origine
occupaient chacune une des rives au croisement du fleuve Yangzi et de la rivière Han. Aujourd'hui, le tout a été rassemblé dans une conurbation de huit millions d'habitants, où chaque rive a son
histoire et son importance. Des ferries assurent les liaisons entre les différentes zones de cette ville très appréciée des entreprises françaises, à commencer par PSA-Peugeot-Citröen. La ville
semble donc plus aérée. Ce sentiment est renforcé par l'omniprésence des lacs de tailles variables, dont le Lac de l'Est qui est absolument immense. Après avoir testé sans grand succès les
tortues et les grenouilles à midi, nous avons été convaincus par les écrevisses le soir ; la cuisine de Wuhan fait en effet la part belle aux poissons et crustacés de la région.
4 juillet : Après une matinée décontractée à Wuhan, nous prenons un bus pour Jiujiang, la ville qui se trouve sous le Mont Lu, célébré par les artistes chinois. Jiujiang est à l'image des autres
villes-étapes du voyage : une gare de bus, un hôtel miteux à dix kuai la nuit et de longues parties de cartes !
5 juillet : Pour l'anniversaire de Clara, nous arrivons au Lushan. Le site est particulièrement fameux pour ses « mers de nuages », mais elles sont rares en été. Nous n'avons pas eu la chance
d'en voir, mais nous avons fait une belle balade, avec quelques escaliers de montagne supplémentaires, une baignade clandestine dans un petit lac sur le trajet, et un joli coucher de soleil au
final.
6 juillet : Ensuite les galères de transports ont réellement commencé ! De retour à Jiujiang, nous quittons Jérémie qui doit rentrer à Pékin, puis nous devons passer par Nanchang (4h dans un
wagon surchauffé), où nous attrapons un autre train pour Zhuzhou, une ville inconnue qui sert de carrefour entre les lignes autour de Changsha, dans le Hunan. Ce trajet fut peut-être le pire du
voyage, avec un wagon bondé comme jamais, une climatisation partielle et une grande agitation, car le train a eu du retard. Nous aurions souhaité nous reposer plus, mais...
7 juillet : Il nous faut partir tôt pour Changsha. Mauvaise surprise, le musée est fermé le lundi (depuis quand un site est ferme un jour par semaine en Chine ?!), il nous faut donc traverser le
cauchemar urbain de cette ville tentaculaire pour attraper un autre bus, direction Shaoshan, le village natal de Mao. La campagne alentour est très belle, la maison de Mao est intéressante, mais
nous ne pouvons pas nous éterniser, car un train nous attend le soir-même à Zhuzhou. Une bonne tempête sur le trajet ne nous empêche pas d'avoir le train pour Huaihua.
8 juillet : Mauvaise surprise, le train arrive à 4h du matin à Huaihua... De toute façon, il est difficile de dormir dans ces conditions, malgré la fatigue accumulée. Après quelques heures de
sommeil dans un hôtel de fortune, nous enchaînons avec un dernier bus, à destination de Fenghuang. Entre Lushan et Fenghuang, nous avons eu quarante-huit heures stressantes de course contre la
montre pour aller de ville en ville et atteindre notre objectif... mais quel objectif ! Le passage à Fenghuang n'était pas prévu au départ, car il n'est pas traité par les guides français, mais
une photo dans le Lonely Planet nous a convaincu de faire le détour. Fenghuang est difficile d'accès comme vous avez pu le constater ! L'avantage, c'est que ce village fluvial est relativement
préservé pour le moment. Le site est tout simplement magnifique. C'est la Chine du Sud des cartes postales avec des petites maisons en bois, de petites embarcations sur le fleuve et des chapeaux
pointus.
9 juillet : Le site nous plaît tellement que nous nous arrêtons deux jours, pour récupérer des forces avant le Guizhou ! Petites promenades sur la colline voisine, sur les quais, dans la vieille
ville... ainsi qu'au poste de police local pour un portefeuille perdu. Mais nous retiendrons surtout la douceur du climat, la beauté du cours d'eau et les brochettes de crabes qui croustillent !
10 juillet : une nouvelle journée de transports nous conduit à Guiyang, la capitale du Guizhou, où nous retrouvons Mireille, sa sœur Annie et son frère Tony. Le Guizhou attire peu les touristes
occidentaux car il est difficile d'accès. C'est dommage car c'est une région magnifique !
11 juillet : Nous débutons par les Cascades de Huangguoshu, les plus grandes d'Asie ! Elles sont impressionnantes avec plus de cent mètres de large et une bonne soixantaine de mètres de haut !
Elles sont tellement puissantes que les spectateurs sont arrosés sur plusieurs centaines de mètres à la ronde ! Nous sommes accompagnés par le beau temps, et les paysages de la route qui nous
mène à Xingyi n'en sont que plus beaux !
12 juillet : Nous sommes passés assez proche d'une série de catastrophes : faute d'hôtels acceptant les étrangers, nous avons dormi à sept sur des lits ou par terre dans une chambre de 20m2, puis
Clara a glissé sur une marche mouillée dans les gorges somptueuses de Maling He, Raphaël est tombé malade un jour avant de rentrer à Pékin, et une fois de plus, nous avions des impératifs de
temps causés par les transports.
13 juillet : Le retour à Guiyang sains et saufs tenait du miracle ! Nous avons donc allégé un peu le rythme par la suite. Après une demi-journée de repos à Guiyang en attendant que Raphaël prenne
bien son avion retour, nous avons atteint Kaili, une ville qui est curieusement très développée, malgré sa position au cœur d'une région de minorités.
14 juillet : Depuis Kaili, nous faisons un aller-retour dans la belle ville de Zhenyuan, qui ressemble un peu à Fenghuang en moins charmante, mais avec un temple à l'architecture magnifique.
15 juillet : L'étape du jour est à Langde, un village de la minorité Miao mis en avant pour le tourisme, à juste titre, car il est très accueillant et très préservé. Le repas chez une grand-mère
du coin qui nous servait en chantant des airs traditionnels restera parmi les meilleurs souvenirs du périple.
16 juillet : Après une nuit dans la ville-étape de Rongjiang, nous pénétrons dans la Contrée des Dong, une zone à la topographie exceptionnelle : il n'y a jamais de plat ! Le paysage est
uniquement composé de montagnes, de falaises et de rivières, sans véritables vallées au milieu. Par conséquent, les paysans locaux ont développé la technique des rizières en terrasses sculptées
dans les pentes, pour assurer les récoltes de riz minimales. En revanche, il pleut une dizaine de minutes par jour toute l'année, de quoi assurer plusieurs récoltes par an. Longtemps coupée du
reste de la Chine, ces terres peuplées par les minorités, et notamment les Dong dans le cas présent, sont très archaïques, sans afficher une trop grande misère pour autant. Parfois, il n'y a pas
vraiment de route, les productions restent artisanales, les habitants sont plus ou moins déconnectés du pays, même le phénomène recule aujourd'hui. Ces territoires ont beaucoup de charme, avec
des habitants souriants, une architecture étonnante et le sentiment d'être coupés du monde.
18 juillet : Nous sommes à Guilin, puis nous accédons à Yangshuo, l'une des destinations les plus célèbres de Chine. Nous évitons de débourser les 350 RMB par personne demandés par les compagnies
de croisières officielles en commençant notre croisière dans le village de Yangdi. Nous sommes sur un petit bateau, les pieds dans l'eau, le tout pour 250 RMB à six ! C'était le bon coup du
voyage ! Les paysages mythiques de la Rivière Li, avec ses montagnes en « pains de sucre » s'offrent à nous au coucher du soleil.
19 juillet : Journée de repos total à Yangshuo, une ville qui accueille un nombre déconcertant d'étrangers, surtout après le Guizhou ! Il est plus facile de manger des toasts au breakfast et des
pizzas que des plats chinois. Mais nous avons quand même essayé le poisson à la bière, spécialité locale, et les escargots.
20 juillet : Le voyage touche à sa fin, nous repartons pour Guilin avant de commencer le plus long trajet de l'année : 27 heures d'une traite en siège dur ! Le cap symbolique des 24 heures
m'effraie un peu !
21 juillet : Du coup, ce n'est que le lendemain soir que nous arrivons à Pékin. Le trajet a été beaucoup plus facile que prévu. J'ai même réussi à dormir près de 8 heures par petites tranches. La
boucle est bouclée ! Lors de l'interminable Pékin-Xi'an (11 heures, la blague) d'octobre dernier, je n'avais pas pu fermer l'œil de la nuit... Maintenant ce n'est plus un problème, j'ai réussi à
atteindre le niveau de résistance des grands-pères chinois !
Les meilleures photos sont encore à venir je les garde pour les articles plus détaillés consacrés aux différents sites !
Le niveau atteint à l'oral dépasse en revanche mes espérances initiales, car je n'ai jamais été très doué en langues. Nous sommes désormais capables de parler chinois, d'avoir des conversations qui dépassent l'achat des baozi ou la visite médicale. La compréhension orale a bien sûr beaucoup progressé par rapport à la situation du début d'année. Quant aux problèmes de tons, ils sont moins prononcés qu'avant, car à force de parler et d'entendre des Chinois, notre prononciation s'est améliorée. Voilà qui explique ma scandaleuse note de 97,5/100 en kouyu sans avoir vraiment préparé l'examen (à moins qu'une faute de frappe sur mon bulletin soit la vraie explication !). Il faut dire aussi que le système de notation de BeiWai est parfois un peu absurde. Tout élève qui va en cours, fait ses devoirs et passe les examens est assuré d'avoir au moins 80/100, et la différence se fait sur les points supplémentaires. Et puis les sujets d'examen sont aussi simples qu'inintéressants...
C'est pourquoi la fin d'année est accueillie avec soulagement. La méthode d'apprentissage du chinois est certes efficace. Il faut inévitablement en passer par ses dialogues à répéter encore et toujours, ces textes qui sont parfois du même niveau que les livres que j'utilisais en anglais et en allemand au collège. Cette limitation est néanmoins très frustrante sur le long terme, surtout lorsque nous avons un niveau qui nous permet de discuter d'autre chose. Le cours de hanyu où le professeur nous racontait sa vie imposée de fermier dans le Heilongjiang pendant la Révolution culturelle était bien plus enrichissant que les sempiternelles aventures de Mali (Marie) et Dawei (David) au restaurant. Heureusement que nous avons pu avoir des débats un peu plus intéressants avec des Chinois, en dehors de l'université !
En conclusion, je suis à la fois heureux des progrès réalisés en classe cette année et heureux d'en finir avec les cours de chinois à 8h du matin ! Bonnes vacances !


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